2 avril 2020

Le 2 avril 2020, La Cimade a alerté les pouvoirs publics sur les conséquences particulièrement alarmantes de la crise sanitaire dans les départements et territoires d’outre-mer

Lors de son adresse aux Français le 16 mars, le président de la République a déclaré : « J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale […]. Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés […]. Aucune Française, aucun Français ne sera laissé sans ressources. »

La Cimade constate avec inquiétude que cette promesse de protection sur tout le territoire de la République n’est pas réellement tenue dans les départements ultramarins, qui ne sont pourtant pas épargnés par la pandémie.

À Mayotte, la crise sanitaire vient s’ajouter à de graves inégalités maintes fois dénoncées par notre association. Dans ce département – le plus pauvre de l’Union Européenne – 84% de la population vit sous le seuil de pauvreté, 30% de la population n’a pas accès à l’eau courante, 40% des logements ne sont pas conformes aux normes en vigueur en Europe. Dans un tel contexte, les mesures mises en œuvre pour juguler la pandémie viennent aggraver les difficultés de la population.

Les mesures de prévention s’avèrent ainsi complètement inadaptées aux réalités locales. Les gestes barrière sont impossibles à respecter en l’absence d’accès à l’eau courante. Cette pénurie entraîne le développement d’un système usurier de revente d’eau potable à des prix exorbitants.

Les seuls points d’approvisionnement autorisés sont les supermarchés et grandes surfaces, avec leurs produits importés, chers et largement inaccessibles pour la majorité de la population. Depuis la fermeture des écoles, les enfants sont désormais privés de la collation scolaire, qui pour beaucoup constituait leur seul repas journalier.

Le manque d’infrastructures sanitaires est particulièrement préoccupant : dans les hôpitaux, Mayotte ne compte que 1,6 lits pour 1000 habitants contre 6 en métropole. En cas de contamination d’ampleur, la prise en charge des patients ne pourrait être assurée.

En Guyane, La Cimade alerte depuis janvier sur la situation des personnes demandant asile en majorité syriennes (150 personnes à ce jour) installées dans un campement dans le centre-ville de Cayenne. Les conditions de vie sont insalubres et contraires à la dignité humaine. Le dispositif récent de mise à l’abri d’urgence des plus vulnérables dans un gymnase laisse encore de trop nombreuses personnes à la rue.

Les infrastructures sanitaires sont tout autant insuffisantes : le département ne compte qu’une quinzaine de lits de réanimation.

À La Réunion, nous constatons que les évacuations sanitaires depuis Mayotte sont impactées de façon préoccupante.

Eu égard au confinement, la problématique des violences conjugales et familiales particulièrement prégnante dans le département entraîne un regain d’inquiétude des acteurs engagés contre ce fléau, qui appellent à la mise en place d’un dispositif adapté à l’urgence du moment.

La Cimade appelle donc les pouvoirs publics à adapter leur réponse pour remplir la promesse républicaine dans ces territoires par :

ñUne mise à l’abri de toutes les personnes privées de logement ;

ñDes actions de prévention sanitaires auprès des plus précaires et la garantie d’un accès à l’eau ;

ñDes aides alimentaires massives pour les populations précaires ;

ñDes dispositifs de prise en charge des victimes de violences intrafamiliales ;

ñLe soutien et le renforcement des moyens dédiés aux associations qui interviennent auprès des populations les plus fragiles face à la pandémie.

Plus que jamais, il est urgent de garantir l’égalité des citoyens et citoyennes sur l’ensemble des territoires de la République.