15 octobre 2014

 

 

Anaphora est une oasis copte ouverte à tous, située à 75 km du Caire, sur la desert-road entre Le Caire et Alexandrie. Ce lieu se compose de trois parties : Anamnesia, qui est un lieu d’accueil à la journée pour des groupes qui souhaitent se ressourcer et manger en dehors des grandes villes; Anastasia qui est un lieu de formation et Anaphora, où nous avons séjourné, qui est un lieu de retraite spirituel, où l’on peut trouver repos, rencontre, prière et service pour la communauté.

 

Nous vous avions parlé déjà dans un précédent article, de notre recherche de ressourcement au milieu de toutes ces choses nouvelles, de toute cette agitation cairote. Anafora, sur ce point-là, a dépassé nos espérances ! Tout ce que nous y avons découvert était en accord avec nos besoins et notre éthique personnelle.

 

Le calme nous a d’abord sauté « aux oreilles ». Loin de l’effervescence des klaxons, il était doux de goûter à nouveau au son du vent, des oiseaux et de réentendre le « son de ses oreilles », le « son du silence ». Ce calme-ci a été la première étape vers un bien-être tout particulier. Ce silence était tellement puissant que même dans la maisonnette qui nous était réservée (magnifique, soit-dit en passant) nous ne pouvions pas faire autrement que chuchoter pour ne pas le briser, pour le préserver.

 

Dans ce lieu, nous avons pu rencontrer des volontaires de tous les pays, à Anaphora pour une durée de quelques mois à un an, afin d’être au service de cette communauté. Certains font les tâches de la maison (la vaisselle, la cuisine, le ménage, etc…), d’autres, la construction ou la finition des bâtiments d’habitations ou d’Églises, d’autres encore mettent en place un projet de permaculture (maraichage écologique). Nous avons fait la rencontre de certains d’entre eux, francophones pour certains, avec qui nous avons trouvé une grande facilité d’échange, un partage de valeurs et un respect mutuel dans l’écoute.

D’ailleurs, le monde est petit : nous avons retrouvé là-bas trois filles qui étaient en même temps que nous au Mogamma, toutes trois théologiennes en Californie, dont l’une d’elle avait déjà séjourné pour un court temps à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier où nous avons étudié toutes les deux. Un Canadien, qui a déjà vécu en France, a passé l’an dernier un week-end chez des agriculteurs à Vire (une ville juste à côté du lieu de résidence de la famille d’Éline, en Normandie) et son meilleur ami est étudiant à la faculté de théologie catholique de Strasbourg, dans le même bâtiment où nous avons aussi étudié ! Vraiment, le monde est minuscule !

La Soeur qui s’occupe de l’accueil dans ce lieu de retraite, malgré une organisation parfois chaotique, a été très attentionnée et nous a même manifesté de l’affection par ses paroles et ses gestes. Bishop Thomas, le créateur de ce lieu, nous a impressionné par sa simplicité et sa grande humilité.

 

 

Pour la première fois, nous sommes allées à une célébration copte. Malgré le fait qu’on ne comprenait pas l’arabe ni le copte, nous avons été touchées de rencontrer cette tradition. Un texte bilbique a été lu en langue française ce qui nous a permis de nous sentir impliquées dans ce moment de culte. Outre ces moments formels, ce lieu était propice à la méditation : de nombreux espaces sont pensés pour la contemplation et le recueillement, comme la petite chapelle au milieu de l’eau ou bien des chaises et des tables au coeur de la palmeraie. Ces moments de prières, de chants, de lectures bibliques nous ont toutes deux inspiré des projets, apporté de la force et du repos.

 

Hormis ce ressourcement spirituel, social et sonore, nous avons été plus qu’agréablement surprises par l’éthique et la philosophie du lieu.

Ayant pris l’habitude au Caire d’être méfiantes, d’être attentives à ce qui était acceptable ou non, socialement et culturellement, nous sommes arrivées dans ce lieu avec de nombreuses questions quant à savoir ce qui était autorisé ou non. Une volontaire ayant entendu plusieurs de ces interrogations nous a alors expliqué « Vous savez, ici il n’y a rien d’interdit ou d’obligatoire ». Avec une moue de satisfaction, nous avons répondu quelque chose comme « Ah, c’est cool, ça ! ». Elle nous a alors rétorqué « Non, ce n’est pas que c’est cool…c’est une philosophie. Ici c’est toi et ta responsabilité ». Cet échange résume ce que nous avons vécu durant ces deux jours : nous n’avons ressenti aucun jugement. Cela a amené chez nous une réflexion : bien souvent, lorsque nous croyons être jugé c’est que nous pensons trop à la place de l’autre. « Je suis sûre que ça ne se fait pas »; « Que vont penser les gens de nous ? » ; « Elle doit être énervée, je ferais mieux de ne rien dire »; « Ca ne me plait pas, mais je ne veux pas déranger… ». Bien que dans le cadre de notre volontariat nous devons être vigilantes sur nos comportements, cela nous a aussi rappelé cette liberté certaine qui nous appartient, cette responsabilité et ces choix à faire que nous pouvons assumer et affirmer. Cela nous a aussi mis à coeur de communiquer plus efficacement entre nous pour mieux nous comprendre mutuellement et mieux comprendre les ressentis de l’autre sans les imaginer par avance.

A Anafora, cette philosophie de la liberté est poussée jusqu’au fait que le prix de ce séjour soit libre. Ainsi chacun selon ses moyens peut déposer sa donation dans une boite.

 

Nous avons donc apprécié ce respect de l’humain, sa responsabilisation et nous avons été comblé lorsque nous avons constaté une égale considération pour la terre. Nous l’avons déjà évoqué plus haut, un projet de permaculture est lancé depuis quelques temps. Il y a aussi une petite ferme avec des poules, des cochons, des ânes, des vaches et des moutons. Tout ceci, ainsi que les arbres fruitiers, permettent de nourrir délicieusement et sainement les habitants et les hôtes d’Anaphora. Une volontaire nous relatait un débat à propos des pesticides qu’il y avait eu quelques jours auparavant entre des résidents et le Bishop Thomas : ce dernier insistait sur le fait que les pesticides rendaient certes les tâches plus aisées, mais qu’ils ne seraient jamais employés dans ce lieu, parce qu’à Anafora, la recherche de vitesse et de productivité ne faisait pas partie de leur éthique.

Les formations qui ont lieu dans la partie Anastasia sont aussi dans le même esprit. Une d’entre elle a par exemple pour but d’aborder l’agriculture durable, système apparemment inconnu auprès des agriculteurs locaux d’après ce que nous confiait une formatrice issue de l’Université Catholique de Lyon.

Par ailleurs le recyclage interne est aussi louable. Un espace est, par exemple, réservé pour l’artisanat où on y fait des tapis en tissus recyclés, des sacs, des vêtements, des produits issus de l’agriculture comme les tisanes, les raisins secs, les dattes, mais aussi produits de soins et de beauté écologiques et naturels. Nous avons vu un bâtiment en construction dont le matériau utilisé n’était pas de la brique, ni de l’aggloméré mais bien des bouteilles en plastique remplies de sables !

Par ailleurs, le repas du soir est éclairé à la bougie et dans chaque maisonnette il y a aussi des bougies en alternative aux lampes électriques. La piscine est peu chlorée et peu profonde afin de  se rafraichir et de nager sans trop gaspiller d’eau !

 

Une fois ce séjour terminé, nous étions regonflées à bloc ! Toutefois, nous avions cette petite appréhension de ne plus supporter le Caire après cette merveilleuse découverte. Pour autant, nous avons été surprises en retrouvant notre quotidien, d’être plus patientes et moins atteintes par des choses qui nous auraient affectées si nous étions à fleur de peau. Cette expérience nous a redonné de l’énergie et nous savons maintenant où aller en cas de baisse de batterie !

 

« C’est Dieu qui me donne de la force et qui me trace une voie droite. Il rend mes pieds aussi agiles que ceux des biches, et il me fait tenir debout sur les hauteurs. » Psaume 18, 33-34

 

D’autres information sur ce  lieu visité par Éloïse et Éline sur : fait-religieux.com

Le site officiel et un montage photo musical : bishopthomas.wordpress.com

Association française de soutien : lesamisdanaphora.org