Prendre le temps,

C’est une des choses que j’ai apprise lors du voyage en Zambie, savoir prendre le temps mais aussi savoir se dire « quelle place pour Dieu dans ma vie ? ». Au moment de commencer ce rapport moral, au vu des actualités de ce début d’année qui nous assaillent, d’abord le drame au presbytère de Landouzy qui a endeuillé la famille de Petr, les attentats de Paris, la situation critique des chrétiens au Moyen Orient, je prends conscience de la course folle dans laquelle notre monde est entraîné. On en oublierait presque d’appuyer de temps en temps sur le frein. C’est ce que nous allons faire au cours de cette assemblée générale, alors prenons le temps quand même de nous arrêter et de discuter au bord de la route.

En effet, nous pouvons prendre conscience du cheminement de Jésus à nos côtés lorsque l’on marche, lorsque l’on est rassemblé, mais plus difficilement lorsqu’on court.

 

Et faire ici une pause pour s’arrêter permet de mettre en lumière la fraternité que la paroisse peut transmettre, alors que notre humanité en a tant besoin. Cette fraternité est la meilleure réponse que l’on peut afficher, proclamer, en face des extrémismes qui divisent. La fraternité est laïque, républicaine, mais aussi religieuse. La fraternité est une des dimensions de notre paroisse, nous devons la faire fructifier.

 

 

En tant que chrétiens, nous avons chacun mais aussi collectivement par la paroisse des engagements, comme bien d’autres personnes que nous connaissons. Mais dans nos engagements, nos activités, le faire fraternellement, ça change tout.

Dans la communion et la prière, nos engagements fraternels se traduisent en actions de solidarité.

Nous avons répondu à l’appel de Yao, nous faisons un appel de Pâques, nous sommes engagés au quotidien, restons éveillés aux appels. Lors de notre visite à Kafué avec Eric, nous avons rencontré une église pleinement engagée, comme nous, et soucieuse de répondre aux appels de leurs frères et sœurs. Ainsi soutenons nous les uns les autres dans nos engagements.

 

Et la paroisse, sait-elle prendre le temps ?

En regardant 2014 dans le rétroviseur on se dit oui … et non. Pour ne prendre que deux images contrastées, Oui pour notre présence dans les rassemblements œcuméniques et non pour notre participation au culte. Non aussi pour certaines activités. Par exemple en ce moment, organiser les séances d’école biblique avec tous les enfants est difficile. Les sollicitations nombreuses, la dissémination nous renvoient parfois une image rétrécie de notre petite paroisse… Et pourtant nos échanges sont chaleureux ; et pourtant nous ne pouvons pas nous en passer, nous tous qui sommes rassemblés aujourd’hui, car cela donne un sens à notre vie.

 

S’il est une chose importante qui nous rassemble, c’est l’annonce de l’Evangile.

Pas étonnant que nous ayons mis ça en avant dans notre projet d’Eglise. Dans notre paroisse, nous sommes peu nombreux, peut-être, mais présents pour ouvrir la bible, partager un moment de méditation, de prière, de nouvelles lors d’une visite. Ces moments sont bien sûr partagés lors des cultes et cérémonies, dans les moments de joie et de peine de chacun d’entre nous. Mais en 2014, ces partages de la Bonne Nouvelle ont également eu lieu à des championnats du monde de Kayak Polo, dans un supermarché, au cinéma, à la médiathèque. Sans faire beaucoup de bruit, la paroisse du bocage ose faire des petits pas.

Comme Dieu qui se révèle dans un souffle ou dans la fragilité, sans prétention, nous pouvons être des témoins emprunts de fraternité. Témoins, c’est simplement dire. Dire ce en quoi on croit, dire ce qui nous révolte, dire ce en quoi on aspire, dire et témoigner de notre foi. Je ne doute pas qu’à travers nos actes notre fraternité sera visible.

 

En parcourant ces exemples d’annonce de l’Évangile, nous pouvons nous rendre compte que nous vivons des changements dans notre Eglise.

Et prendre conscience également du nouveau chemin d’évangélisation que nous traçons. Je devrais plutôt dire les chemins d’évangélisation car les activités que nous avons dans la paroisse portent deux dimensions, une première dimension tournée vers les paroissiens, vers l’accompagnement des membres et la deuxième dimension d’ouverture aux autres.

Ces deux dimensions ne sont pas à opposer ou à comparer ou à mesurer. Ces deux dimensions font partie de la mission que Dieu nous a confiée et chacun doit pouvoir se sentir à l’aise dans l’une, l’autre ou les deux. L’essentiel reste l’unité fraternelle de la paroisse.

 

L’an dernier nous parlions d’Eglise Verte, d’Eglise Ouverte.

C’est toujours d’actualité ; les panneaux et les témoignages collectés dans « le bar à cidre 61 verset 14 » sont très appréciés pour illustrer nos engagements. Nous pouvons encore développer cette idée maintenant que nous en avons deux versions, une en français et une en anglais. Elle nous a aidé à présenter la paroisse à nos hôtes en Zambie.

 

Je veux ajouter maintenant que notre Eglise est aussi En chantier, En travaux (Eglise avec un E majuscule). Au sens figuré bien sûr car nous avons démarré des réflexions et des projets qui se révèlent être des projets à moyen et long terme. C’est une construction et en voici plusieurs exemples : Safari Normand, Randonnées en Bocage, Chemins du protestantisme, décoration et aménagement du temple. Cela nous projette en avant tout en valorisant notre histoire, lieux du protestantisme dans le bocage, figures normandes du protestantisme (Willfred Monod, Pierre Tranquille Husnot et Maximilien Vox).

Une Eglise en construction donc, en auto-construction devrais-je dire car toutes ces activités ne sont possibles que par les dons, chacun d’entre nous donne et au nom de la paroisse soyez en toutes et tous remerciés. Donner, quelle belle action, donner sans rien attendre en retour. La plus belle des illustrations du don dans nos activités de l’année reste l’Avent et les Christmas Box distribuées.

 

 

 

 

 

 

Et aujourd’hui, qu’est ce que l’on attend de nous?

Simplement d’être des protestants qui protestent, des réformés qui se réforment.

Ces idées, je les retiens des échanges lors de la journée consistoriale d’octobre à Cerisy Belle Etoile et qui illustre « 2017, nos thèses pour l’Évangile ». Nous sommes partis sur la route de « 2017, nos thèses pour l’Évangile » et pour continuer sur ce cheminement, nous avons à nous rencontrer, nous rassembler, échanger.

Je retiens particulièrement un des thème de travail de « 2017, nos thèses pour l’Évangile » qui est proposé pour cette année : Etre un chrétien dans la société.

C’est une question pour chacun mais aussi pour la paroisse et je suis fier de voir que cette question nous ne la laissons pas au fond de notre poche mais nous la mettons sur la table. C’est en effet partager nos réflexions et nos doutes. Etre un chrétien dans la société nous renvoie aux thèmes du don, du témoignage et de la fraternité que nous avons évoqués plus haut.

 

C’est une question universelle, c’est aussi une question pour une Eglise Jeune, je veux dire une Eglise qui bouge. Cette question, être chrétien dans la société, elle se pose à notre Eglise qui a maintenant 500 ans, mais nous l’avons aussi partagée avec l’Eglise Unie de Zambie qui elle a fêté ses 50 ans.

Je vous ai dit en commençant ce rapport moral qu’il fallait prendre le temps, et bien je terminerai par évoquer avec vous l’histoire des disciples d’Emmaüs, c’est un texte de la Bible que j’aime bien et qui nous invite aussi à nous arrêter pour échanger, comme c’est le cas dans bien des situations que nous vivons ensemble. Et dans la bible, à la fin de la journée et après un bout de route ensemble, les disciples disent à l’inconnu qui les accompagne : « reste encore un peu… » afin de prolonger cet instant de grâce qui nous aide.

Chacun et chacune d’entre nous, nous vivons de ces instants et pour l’illustrer je donnerai quelques exemples où l’on peut dire « reste encore un peu ».

La sœur de l’orphelinat du Caire ou travaille Eline qui lui dit… reste encore un peu, Paul et Xavier qui après de nombreuse années au conseil présbytéral ont décidé d’arrêter leur mandat, nos journée d’Eglise, la fête de la création, après un spectacle d’Alain Portenseigne ou après un culte. C’est en cultivant les rapports humains que notre Eglise nous fait toucher du doigt le dessein de Dieu.

Pour se préparer à l’avenir, avoir la volonté d’annoncer l’Évangile, nous avons besoin de nous dire de temps en temps « reste encore un peu ».

Etienne Fels

 

Bien sûr, vous aurez bientôt des nouvelles de nos nouveaux membres au conseil presbytéral dans un prochain article :  Irène, Rodrigue et Nyen  !  Bienvenue à eux trois !!