De l’extrême gauche à l’extrême droite, tous les courants de pensée protestataires et toutes les revendications sont représentés à Sivens, dans le Tarn. Reportage.

 

En guise de douane, un poste de garde ouvre sur une route défoncée. L’atmosphère est détendue, presque à la victoire, après la suspension sine die du projet de barrage de Sivens. Les camions de gendarmes mobiles viennent de partir. Seul le bourdon sourd des pales d’un hélicoptère dans le ciel rappelle la tension des semaines passées. On accorde le passage aux médias pour de l’alcool ou des cigarettes, on vérifie la carte de presse.

Une formalité souriante et fraternelle (« Franchement, j’aimerais mieux que tu me tutoies »), sur ce chemin qui mène à la Zone à défendre (Zad) où restent encore mobilisées jusqu’à deux cents personnes par jour. Il y a dix jours y mourait Rémi Fraisse, un étudiant âgé de 21 ans ; tragédie ouvrant le bal médiatique. Qui « les gonfle ». Un peu comme tout le reste : le gouvernement, le fric, le pouvoir, la propriété privée, la magouille. Tout y passe.

Deux check points plus loin, juste après le parking délimité par du fil de fer barbelé, où se côtoient vieilles camionnettes diesel et vans hi-tech des chaînes de télés, un homme prévient  : « Au fait, il faudra payer un montant libre pour les photos. On vient de décider ça tout à l’heure. » Sorte d’impôt révolutionnaire avant de faire valider ses clichés en partant. « Il faut s’inspirer de la Corse ou de l’ETA », explique, sans plaisanter, un jeune. La visite des lieux se fait accompagné par un guide : « Il ne faut pas écrire n’importe quoi. Ou qu’on reconnaisse quiconque. Certains sont sous contrôle judiciaire… Sinon, je confisque ton appareil ! »

 

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