Le temple :

Il se situait sur la parcelle juste derrière le mur actuel du cimetière, en direction du bourg de Ste Honorine.

 

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Un procès verbal de 1660 à la requête du curé de

Ste Honorine, Louis de Monbray, au nom de l’évêque, est fait sur le lieu-dit « la Vallée » . Il décrit l’endroit où les calvinistes se rassemblaient. Une cour, plantée de quelques arbres, située entre une maison d’habitation, un bâtiment agricole servant de grange et d ‘étable et la haie qui borde le grand chemin d’Athis à Ste Honorine ; dans cette cour une quinzaine de sièges et sept petites loges construites de pilotis et de morceaux de bois, recouvertes d’une toiture de paille ou d’essente (bardeau). La plus grande mesure environ trois mètres de large et autant de haut. C’est donc en plein air, assises sur des bancs, abrités des intempéries par des loges rudimentaires, que les familles réformées de Ste Honorine et des environs suivent les prédications des ministres, s’y marient et y baptisent leurs enfants depuis des décennies. Le terrain appartenait semble-t-il à un sieur Racine, demeurant au village « le Mont ».

 

A cette époque, Jean Lemarchand y officie ainsi qu’à Ronfeugerai, comme ministre de la « religion prétendue réformée ». Sa pierre tombale a servi à la construction de l’église de Ronfeugerai au 19e siècle. Elle est visible sur le côté droit de l’église. Le titre « ministre » a été effacé.

 

Les rapports entre les représentants religieux de chaque communauté de Ste Honorine sont très tendus. Ils vont jusqu’à s’insulter mutuellement. Le curé Louis de Monbray est opposé à la construction du temple protestant que les huguenots ont commencé à bâtir vers 1660 et achevé en 1670. Finalement, le temple de la Vallée est détruit en 1679 sur ordre du roi, tout comme l’a déjà été un autre temple en 1658, construit par le prédécesseur de Jean Lemarchand, le ministre Morin.

 

A partir de 1661, Louis XIV détruit pièce par pièce l’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598. Il interdit progressivement la plupart des professions aux protestants réformés, utilise la violence,  les dragonnades et l’enlèvement d’enfants pour les faire abjurer et fait peu à peu démolir leurs temples.  Les hommes risquent la galère, les femmes la confiscation de biens et de corps. Un tiers des réformés fuit dans les îles anglo-normandes, en Angleterre et aux Pays-bas. Il en résulte que beaucoup de défections de la pratique du culte sera observé à partie de 1660 et que tous ces départs vont grever lourdement l’économie locale.

 

En France, en1685, il ne reste plus qu’une vingtaine de temples réformés encore en service.

Le 18 octobre 1685, Louis XIV signe l’édit de Fontainebleau qui révoque l’édit de Nantes.

 

L’exercice du culte protestant se trouve donc éliminé sur la quasi totalité du territoire. Les protestants de la région d’Athis doivent parcourir des kilomètres et se rendre au temple de Falaise dans le faubourg de Guibray (unique temple encore dans le colloque).

 

Le cimetière :

 

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Une déclaration royale du 8 mai 1666 interdit aux protestants de Ste Honorine-la-Chardonne d’enterrer leurs morts dans un cimetière commun avec les catholiques (près de l’église). Ils doivent désormais trouver un autre lieu pour y établir un cimetière protestant et respecter des horaires stricts en dehors desquels ils ne peuvent enterrer leurs morts.

 

Lors de la période du « Désert » (de l’édit de Fontainebleau 1685 à l’édit de tolérance 1787), le religionnaire qui vient à mourir, sans avoir reçu les derniers sacrements de l’Église, ne peut pas être inhumé en terre consacrée ou terre sainte. Les curés consentent cependant à inhumer dans les cimetières catholiques les êtres qui n’ont pas atteint l’âge de raison (les enfants âgés de moins de huit ans) et les déficients mentaux. Passé l’âge de sept ans, les prêtres n’accordent plus la sépulture ecclésiastique.

Après la confiscation de leurs cimetières, les réformés doivent donc trouver un autre lieu pour enterrer les corps. A la campagne, on inhume dans le coin d’un jardin, soit dans son propre terrain, soit dans celui prêté par un coreligionnaire et en ville, dans les cours et quelquefois au fond de la cave.

 

Au cimetière de « La Vallée », les premières déclarations d’inhumations connues signalent des enterrements en janvier 1737. D’après J. Delafontenelle, ce cimetière paraît ne pas avoir été confisqué lors de la révocation de l’édit de Nantes. Les Huguenots de Ste Honorine, Berjou, et une partie de ceux d’Athis continuent d’y enterrer les morts.

 

Pendant cette période, les cimetières protestants privés se multiplient : sur Athis, au Rocher d’Epinouze ( qui appartient aux Lemarchand), à la Motte (qui est aux Le Bailly, Lefebvre), à Launay D’Ernes (aux de Neuville),à  la Lissandrée (aux Vardon),à  la croix collier, à la Guesnonière, à la Pilatrière  aux Aulnay-bilbots, à la Trihannière. Sur Berjou, le Hamel (Lefebvre), à la Bijude (Husnot).

Le cimetière de « La Vallée » est utilisé tout au long du 18e siècle et jusqu’à aujourd’hui avec une extension privée au 19e (côté droit et bas).

 

Informations et textes tirés de :

Les protestants du Bocage Normand J.Delafontenelle, édition du petit chemin

les protestants d’Athis et de ses environs sous le règne de Louis XIV, le pays bas-normand

Musée virtuel du protestantisme