Nathalie Leenhardt, rédactrice en chef de Réforme, dénonce l’urgence de la situation dans les quartiers abandonnés par les pouvoirs publics.

 

Quartiers populaires, zones difficiles, 9-3, banlieues, territoires de non-droit. Et maintenant apartheid, politique de peuplement, lutte contre la ghettoïsation. Les expressions pleuvent. Comme si on ne savait plus comment appeler un chat un chat et que la surenchère des mots pouvait enfin éclairer les problèmes. J’en doute. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la situation ne peut plus durer.

Que l’on parle de 64 quartiers en déshérence ou de 100, ou de 40, il est quelques faits incontestables. Et notamment celui de la surreprésentation, dans ces quartiers, des familles monoparentales, auxquelles nous avons choisi de consacrer notre dossier. D’où mon effarement quand je lis que le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, chargé de suivre dans ses travaux l’actualité du gouvernement, ne mène aucune recherche spécifique sur le sujet. Aucune. Or, on imagine bien, chez ces jeunes en perdition, qu’elle soit celle de la drogue ou du fanatisme, l’absence de pères et de re-pères…

Dans le même registre, et au nom de quel aveuglement, de quel politiquement correct « hérité » des lois de Vichy, s’interdit-on de recourir aux statistiques ethniques ? Le sujet est toujours aussi tabou en France. Et pourtant. Comment mettre en place de véritables politiques publiques de prévention, d’intégration, de sensibilisation si on ne veut pas savoir à qui elles s’adressent ? Comment lutter contre les délits de faciès, les discriminations à l’embauche, les relégations des élèves, la sortie du système scolaire sans diplôme, si on ne sait pas qui est concerné ? Mais peut-être nos politiques refusent-ils juste de regarder la vérité en face. Par peur qu’elle ne leur explose à la figure.

Article publié dans : reforme.net