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Nous sommes dans une situation étrange, nous voici devenu brebis enfermés dans un enclos dont nous ne pouvons pas sortir sans danger. Et quel danger ! Comme le loup qui dévore les brebis, nous sommes menacés par un animal furtif, que l’on de voit pas venir, qui s’attaque aux plus faibles et aux plus âgés, qui tue, qui ruse, qui transporte une maladie terrible, et qui porte le nom étrange de Covid.

Heureusement nous avons des protecteurs : médecins, chercheurs, gouvernants, politiques qui nous abreuvent chaque jour des conseils les plus judicieux, nous avons des policiers, des gendarmes, qui gardent la porte de l’enclos, des agriculteurs qui nous nourrissent, des industriels qui fabriquent de quoi nous protéger.

Pauvre brebis ! Depuis toujours le monde s’apitoie sur le pauvre agneau sans défense qui se désaltère dans le courant d’une onde claire, comme l’écrit La Fontaine, et sera finalement entrainé par le méchant loup. La morale de l’histoire est désolante. Pourtant combien de bambins n’ont-ils pas été contraints d’apprendre par cœur cette histoire lamentable selon laquelle la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Et voilà qu’un petit prince descendu de ses nuages pour remettre le mouton à sa place. Il éprouve de la sollicitude pour ce petit animal. Il s’inquiète à son sujet, parce qu’il pourrait bien manger sa fleur, nous raconte dans un ouvrage merveilleux Antoine de Saint Exupéry.

Et les Brebis, elles, elles attendent, elles attendent que les savants, les médecins, les gendarmes, La Fontaine et St Exupéry leur disent : le danger est passé, vous pouvez aller dans les verts pâturages.

Mais cette histoire de brebis sans défense enfermé dans un enclos nous rappelle quelque chose,

Bien sur ! Il suffit d’ouvrir notre Bible, Le thème du troupeau de brebis y est utilisé plusieurs fois, par exemple dans le Livre d’Ézéchiel au chapitre 34 où il est traité de la négligence du troupeau par les dirigeants qui sont identifiés à des mauvais bergers. Et puis surtout, surtout, dans le chapitre 10 de l’Evangile de Jean dont nous avons lu un court passage mais dans lequel le thème du troupeau de brebis y occupe tout un chapitre.

On y retrouve la pauvre brebis menacée par toutes sortes de catastrophes, par un brigand venu pour détruire, égorger et emporter au loin comme le dit le verset 12.

Sauf que…. il y a une grande différence : dans ce récit de l’Evangile, il n’y a ni médecin, ni chercheur, ni gouvernant, ni gendarme,…

Il y a le bon berger.

Un bon berger qui se tient à la porte de l’enclos et qui donnera sa vie pour ses brebis, des brebis qui le reconnaissent et le suivent lorsqu’il marche devant elles, parce qu’elles connaissent sa voix, comme le dit Jésus à trois reprises.

Des voix nous en entendons beaucoup ces temps ci. Tout le monde parle, entre ceux qui expliquent ce qu’ils ne savent pas toujours, ceux qui donne des conseils souvent contradictoires, ceux qui répandent les fausses nouvelles, ceux qui ont des bonnes idées que personne n’écoutent et ceux qui ne prennent pas au sérieux les idées nouvelles.

Mais il y a une voix que l’on n’entend pas, celle du Bon Berger, parce que cette voix là, n’a pas ses petites entrées à la télévision ou à la radio, cette voix là elle vient du cœur.

Le berger à qui Jésus s’identifie, n’a qu’un but : c’est celui de faire paître ses brebis dans des près d’herbe tendre, dans les verts pâturages comme le dit le psaume 23, et dès lors la brebis ne craint plus aucun mal car elle n’est pas seule, elle a près d’elle le berger avec sa houlette et son bâton, cette présence de la grâce qui l’accompagne tous les jours de sa vie.

. Jésus nous transporte donc dans un univers étrange, celui de la gratuité. Le berger s’active sans aucun souci de rentabilité et les brebis, en s’engraissant, n’ont aucune autre fonction, si non celle de faire la joie de leur berger.

. Notre fonction sur cette terre serait donc de remplir Dieu de bonheur ? Nous sommes donc transportés aux antipodes de ce que notre société nous propose aujourd’hui quand elle nous explique qu’il n’y a pas d’avenir sans rentabilité et que la rentabilité ne peut s’obtenir sans l’efficacité.

Aux yeux de Dieu la réalité du monde se conjugue en d’autres termes et Jésus, aujourd’hui, privilégierait volontiers les mots d’amour et de partage à ceux de rentabilité et d’efficacité.

Apparemment Jésus n’appartient pas à la même planète que celle dans laquelle nous vivons, il est comme le petit prince plus soucieux de la survie d’une fleur, d’un mouton ou d’un renard, que du bon fonctionnement d’un moteur d’avion.

Bien évidemment il ne faut pas être naïf, nous devons quand même revenir dans notre société, car notre vie ne se déroule pas dans le rêve, mais dans la réalité.

Mais ce que Jésus nous dit c’est que le respect de l’autre, l’amour du prochain, le partage des biens, la paix et la justice sociale doivent être au centre de nos activités et de nos soucis. Quand tout cela est respecté, les rouages du monde son bien huilés, et nous sommes en harmonie avec Dieu. Tout cela n’exclut pas la rentabilité ni l’efficacité, dont nous parlions tout à l’heure, mais ce n’est pas elles qui doivent avoir priorité sur nos actions.

A vue humaine, les hommes ne sont pas plus utiles ni plus rentables que des brebis

En fait Dieu n’a pas fait des hommes ses partenaires sur terre pour qu’ils soient rentables mais pour prodiguer autour d’eux leur capacité à aimer et à vivre en harmonie avec les autres ; c’est sans doute à cause de cette capacité, que l’Écriture dit qu’ils sont faits à l’image de Dieu.

Alors simplement, pour conclure ces propos, peut-être pouvons-nous profiter de ce temps qui nous oblige à rester enfermés dans cet enclos dont la porte est gardée par le Bon Berger, pour nous demander, non pas quand et comment nous en sortirons, mais plutôt que ferons nous en sortant ?

Quand le Christ nous aura conduits vers les verts pâturages, qu’y ferons-nous ?

Quel sera le sens de notre vie ? Quels seront nos préoccupations ? Que ferons-nous pour notre prochain, pour la paix et la justice ?

On peut, puisque nous avons du temps devant nous, au moins se poser la question et même si nous ne trouvons pas la réponse tout de suite, nous aurons déjà fait un petit pas vers les verts pâturages où Dieu nous attend.

Amen

Temps musical

Je vous invite à la prière :

Que tes bénédictions, Seigneur,

Telle la rosée du matin,
Descendent sur nous !
Qu’elles nous rafraîchissent,
Qu’elles nous renouvellent,
Qu’elles fortifient notre foi,
Qu’elles fertilisent en nous ces graines
Que, jour après jour, tu sèmes au creux de nos vies.

Secoue nos indifférences,
Rends-nous curieux des choses du ciel,
Mets en nous  un grand désir de t’aimer,
De te rejoindre avec tous nos frères.

Donne nous la force de prendre des risques,
Et surtout de prendre le risque de croire en toi
Quand le monde m’entraîne dans l’autre sens,
De prendre le risque de répondre à l’agressivité 
par la douceur,
À l’égoïsme par la générosité.

Donne-moi d’entrer dans ta manière de voir.
Donne-moi de te ressembler le plus possible,
C’est ainsi que je pourrai être ton témoin
Et un rayon de ta lumière.

Et tous ensembles nous te disons :

Notre père qui est aux cieux

Que ton nom soit sanctifié

Que ton règne vienne,

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi

à ceux qui nous ont offensés

Et ne nous laisse pas entrer en tentation mais délivre nous du mal

Car c’est à toi qu’appartiennent, le règne la puissance et la gloire

Aux siècles des siècles Amen