Pourquoi fêter Noël ?

La question vous choque ?
Je la pose autrement : qu’attendons-nous de Noël
 ?

 

C’est une très vieille question : il a fallu plus de 200 ans au christianisme d’Occident pour se mettre à fêter la Nativité de Bethléem ! Pendant ce temps, les Grecs fêtaient seulement l’Epiphanie, c’est-à-dire la manifestation publique de Jésus lors de son baptême avec la voix de Dieu : « Tu es mon Fils bien-aimé … » Au IV° siècle, l’Orient accepte Noël et l’Occident l’Epiphanie. Nous en sommes toujours là.

Pourquoi ces hésitations ? C’est que la seule fête chrétienne qui remonte aux toutes premières années de l’Eglise, c’est Pâques. A Pâques, le salut a été pleinement révélé et offert. La naissance de Jésus ?

Seuls deux évangiles sur quatre en parlent et encore, pas dans les mêmes termes ! Lorsque Marc écrit le premier et plus ancien évangile pour témoigner de la bonne nouvelle de Jésus, il n’éprouve pas le besoin de parler des bergers et des mages. Jean tient à commencer son évangile par une méditation sur l’éternel dessein d’un Dieu sauveur qui s’incarne dans le Christ. Lorsque Paul esquisse dans l’épître aux Romains une présentation complète de sa prédication, il se contente d’affirmer que Jésus est né dans la descendance de David. Si l’on peut l’adorer comme Fils de Dieu, c’est que Dieu l’a ressuscité (Romains 1/3-4).

Vous comprenez mieux pourquoi l’Eglise grecque ne fêtait que l’Epiphanie, c’est-à-dire le vrai commencement du ministère de Jésus ? Bon, mais nous fêtons Noël et quand je dis nous, vous entendez bien nous tous, tout le monde, chrétiens ou non. Qu’est-ce que nous en attendons ? Si vous questionnez les passants dans la rue, on vous parlera des marchés de Noël, des illuminations, du vin chaud et surtout de la fête, qu’elle soit chaleureusement intime ou bruyamment festive.
Peut-être vous parlera-t-on d’espérance, d’idéal de bonté, mais on évoquera surtout le sapin avec les cadeaux qui font briller les yeux des enfants et donnent à tous de la joie.
A Noël, on donne. Même ceux qui n’en ont pas tout à fait les moyens. C’est comme ça ! Noël, c’est la fête des cadeaux. Eh bien, c’est entendu, pour nous ce sera la fête du don. Un enfant nous est né, un fils nous est donné. C’est un don qui peut changer la vie : Dieu se donne aux hommes et depuis lors, il est clair qu’entre Dieu et l’homme il peut y avoir des relations de famille. On peut vivre sur terre comme un enfant du Père céleste. L’homme a souvent de bien mauvais côtés, mais il est fait pour recevoir Dieu qui habite en lui.
Vous me direz que c’est là un résumé très incomplet de l’Evangile. C’est vrai, mais souvenez-vous : c’est au début des évangiles (Matthieu et Luc) qu’on nous tient ce langage.
Et alors ?
Alors, il est bon de vivre Noël sous le signe de ce don. Comment ?
Venez encore avec moi pour une petite promenade historique. Au IV° siècle, on fête Noël partout, mais bientôt on voit apparaître un nouveau souci : une fête pareille, ça ne s’improvise pas. Il faut s’y préparer et le faire sérieusement, longuement. Alors, à partir du IV° siècle, avant Noël, il y a l’Avent.
Ce temps de l’année liturgique invite à communier avec l’attente des anciens prophètes qui annonçaient le don de Dieu. Mais il faut surtout participer à la joie de tous ceux qui, innombrables depuis tant de siècles, ont accueilli ce don dans leur vie pour leur plus grand bonheur. L’Avent demande encore que nous, pauvres créatures imparfaites et infidèles, nous nous préparions à devenir le temple du Dieu très haut. Enfin, c’est le temps de l’exhortation à demeurer vigilant dans l’attente de l’accomplissement dernier, car l’Evangile est promesse du royaume de Dieu dans lequel le Christ célèbrera la grande fête du monde avec tous ceux qui viendront à lui. Voilà ce que fut l’Avent et ce qu’il est encore aujourd’hui.

Et maintenant, si vous le voulez bien, nous ajouterons un nouveau chapitre à cette marche liturgique. C’est la fête du don ? Eh bien donnons !
Nous savons donner à nos proches ? Ce n’est pas une réponse suffisante. Il faut apprendre à donner. C’est à Noël que l’on peut apprendre, c’est pendant l’Avent que l’on peut s’y préparer.
Les occasions ne manquent pas autour de nous, mais donner est autre chose que de laisser tomber une piécette dans un tronc. Il faut de la générosité, de la chaleur, du respect pour donner sans réticences, sans détourner les yeux. Ce qui compte, ce n’est pas la quantité, c’est le geste et le regard qui l’accompagnent. Un enfant peut vivre cela.
On peut donner du temps, de l’attention, de l’aide, de l’argent, des soins, de la compagnie, de l’amitié, de l’affection. Apprendre à donner, voilà ce que nous pouvons attendre de Noël.

 

Pierre Prigent

 

 

Petite histoire de la fête de Noël

 

- 4 : mort du roi Hérode

6 : recensement de Quirinius, sous le règle de César Auguste

28-32 : ministère de Jésus.

 

Nous ne connaissons pas la date exacte de la naissance de Jésus :

il n’y avait pas d’état-civil à l’époque.

 

Les premiers chrétiens ne fêtent pas la naissance de Jésus. Ils se réunissent chaque dimanche pour se souvenir de la mort de Jésus et fêter sa résurrection. Pendant les trois premiers siècles une seule fête est célébrée par tous les chrétiens : Pâques.

 

En Orient apparaît dès le 2ème siècle la fête de l’épiphanie (6 janvier) pour célébrer le baptême de Jésus, sa première manifestation de Fils de Dieu. Plus tard, on célébrera en même temps sa naissance.

 

4ème siècle : Constantin, empereur romain (306-334) fait pression pour que la fête païenne du soleil et la fête chrétienne de la naissance de Jésus coïncident le 25 décembre. Ainsi, il maintient l’ordre et l’unité dans son immense empire. La fête de Noël apparaît en Occident.

 

La fête de l’épiphanie combat une fête païenne célébrée le 6 janvier en l’honneur de Dionysos et d’Osiris.
La fête de Noël combat une fête païenne célébrée le 25 décembre en l’honneur du soleil « sol invictus », soleil invaincu, dans la religion de Mithra.

 

L’équinoxe romain du printemps (25 mars) est le symbole d’une vie nouvelle : jour de la création, jour de la conception de Jésus. Neuf mois après, c’est le solstice d’hiver : les jours se rallongent, la lumière revient au 25 décembre, une bonne date pour fêter la naissance de celui qui apporte la lumière.

 

Au Moyen-Age, des représentations théâtrales (jeux de Noël) ont lieu dans les églises ou sur leurs parvis. Vers le 15ème siècle apparaissent pour la première fois des crèches dans les églises.

 

Au 16ème siècle, les Réformateurs réagissent contre les excès des jeux de Noël. Pendant quelques années, la fête de Noël n’est plus célébrée dans les Eglises réformées.

 

En 1605, à Strasbourg, un document écrit mentionne pour la première fois le sapin de Noël.

« Voilà qu’on érige dans chaque maison des sapins ornés de poupées et de sucreries : d’où vient l’usage ? Je ne sais ! Mais il est préférable au « Chriskindle » (le petit Jésus), car c’est fausser l’entendement des enfants que de leur montrer ce Jésus imaginaire et déguisé au lieu du Christ Seigneur. » (prononcé du haut de la chaire de la cathédrale de Strasbourg par un pasteur, en 1654).

 

 

Que disent les textes bibliques ?

Beaucoup moins que ce qu’en dit la tradition …

 

Dans la crèche vont prendre place le bœuf et l’âne de part et d’autre de Joseph et Marie contemplant l’enfant Jésus. Autour, des bergers et des mages avec leurs cohortes de moutons et de chameaux, des anges et une étoile surmontant la scène.
D’où viennent-ils ? On ne peut pas nier à cette scénographie des origines bibliques, même si l’imaginaire a largement brodé sur la relative sobriété des deux récits de naissance de Jésus que nous donne le Nouveau Testament en Matthieu (chapitres 1 et 2) et Luc (chapitre 1 et 2), deux récits forts différents que la tradition a harmonisés, empruntant des éléments à l’un et à l’autre pour un unique charmant tableau, par-delà les drames qu’ils relatent : une famille sans abri, errant sur les routes (Luc), un roi sanguinaire massacrant des enfants (Matthieu).

Que disent les évangiles ? Autour de Jésus, à sa naissance, on trouve des bergers (Luc 2/8-17), éveillés et mis en route par le message d’un chœur d’anges, une « armée céleste » et découvrant l’enfant couché dans une mangeoire (Luc 2/7-16), alors que Matthieu, ignorant les scènes champêtres, situe la naissance de l’enfant dans une maison (Matthieu 2/11) et la seule visite qu’il reçoit est celle de savants, des spécialistes du ciel et des astres, qui apportent de somptueux cadeaux dont on peut penser que la valeur symbolique et allégorique vaut bien plus que la relation d’un fait réel. Les mages sont « partis par un autre chemin » (Matthieu 2/12) et nous n’entendrons plus parler d’eux dans le Nouveau Testament, pas plus que des étranges cadeaux qu’ils ont offerts à un enfant d’apparence très ordinaire.

Et l’étoile ? Elle est présente dans le récit de Matthieu (Matthieu 2/2, 9), astre voyageur, guide mystérieux de savants curieux qui, à sa seule vue, sont partis à l’aventure.
Mais l’âne et le bœuf ? Eux sont plus subtils à trouver dans les récits bibliques, car on ne trouve leur présence explicite dans aucun de nos évangiles canoniques. Matthieu situe la naissance de Jésus dans une
«maison » et on ne voit pas que des animaux aient pu y prendre place, même si les représentations de la « fuite en Egypte » inspirées par le récit de Matthieu (Matthieu 2/13-15) – que Luc ignore – installent Marie et l’enfant sur un âne dont l’évangile ne juge pas utile de parler. Luc cependant, en rapportant que l’enfant « est couché dans une mangeoire » a favorisé le développement d’un imaginaire rural. Ainsi, la tradition a voulu que les bergers viennent, accompagnés de leurs troupeaux, découvrir l’enfant et, aux côtés de celui-ci, la tradition a placé l’âne et le bœuf.
L’histoire attribue à François d’Assise le composition des premières crèches au XIII°, mais les développements de l’imagination, au-delà du peu que décrivent les évangiles de Matthieu et de Luc, sont très anciens comme en témoigne le protoévangile de Jacques daté du milieu du second siècle, qui relate les antécédents familiaux de Jésus – en insistant sur la virginité de Marie constatée par des sages-femmes – puis accommode en les harmonisant les récits de Matthieu et de Luc. Mais c’est à une reprise enrichie au VI° siècle de ces récits dans une version appelée pseudo-Matthieu (chapitre 14) que l’on doit la mention de l’âne et du bœuf accomplissant deux annonces des prophètes, celles d’Esaïe 1/3 et de Habacuc 3/2.

 

Une fiche technique sur un texte de Noël difficile :

le massacre des innocents chez Matthieu (2/13-23)

 

Notes et remarques

Au cours de l’aller et retour Judée-Egypte, le massacre des enfants de Bethléem est choquant et met mal à l’aise. Luc se passe de cette évocation. Pourquoi se faire l’écho de la cruauté d’Hérode ? Pourquoi fallait-il chez Mattieu que la naissance de Jésus s’accompagne de la souffrance de tout un village ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas envoyé son ange à toutes les familles ?

Pourquoi ces citations bibliques, ces explications scripturaires ?

 

Le verbe utilisé à 3 reprises pour indiquer le départ des mages, celui de Joseph et sa famille vers l’Egypte et vers la Galilée (12, 13, 14, 22) signifie « partir ». Mais le départ, tant celui des mages que celui de Joseph et les siens, est connoté par l’urgence, conditionné par l’imminence d’une menace grave. D’où « se réfugier » : l’Egypte comme la Galilée sont un refuge pour Jésus, lequel est un enfant d’émigré, d’exilé.

 

Matthieu 2/13-23 est une suite de trois petites scènes où le discours de Dieu et de l’Ecriture est prépondérant. La narration des événements est brève et subordonnée au discours. Au centre, la tuerie des enfants. Le récit de Matthieu 2/16-18 constitue un nœud de sens pour dire la situation et le statut de Jésus dès sa naissance (1/ Départ de Judée pour l’Egypte sous la menace, 2/ Bethléem et son territoire sous la cruauté d’Hérode, 3/ Retour d’Egypte en Galilée sous la menace. 1 et 3 construits de la même manière : situation initiale, intervention et ordre, exécution de la parole, conformité aux Ecritures).

Il existe chez Matthieu une continuité voulue entre 1/18-25 et 2/13-23 : l’usage méticuleux des références convoque d’une manière comparable les figures de Moïse et d’Israël (comme peuple), de David et du Messie.

 

Les titres que reçoit Jésus « Emmanuel »,« le chef qui fera paître »,« mon fils » sont des références à la royauté incomparable et messianique de David. En Jésus se réalisent la royauté choisie de David et l’attente d’un sauveur (cf. la prédication de Jean-Baptiste : « le royaume des cieux s’est approché »).

Jésus, nouveau-né, endosse la situation du persécuté, de l’exilé et offre plusieurs points de comparaison avec les figures de Moïse et d’Israël.

Ce que vit Jésus sous Hérode est comparable à ce que Moïse vécut lors de sa naissance. Hérode rappelle le pharaon : il s’oppose au projet de Dieu par sa volonté de supprimer les enfants d’Israël. La Judée est une terre d’oppression semblable à l’Egypte. La fuite en Egypte constitue une sorte d’ « anti-exode ».
Jésus a aussi une ascendance exceptionnelle : il est
« fils de Dieu » comme Israël est nommé « fils de Dieu » dans le livre de l’Exode. Il y a une identification et une référence voulues aux situations de l’exode, de la royauté et de l’exil d’Israël. Jésus récapitule les expériences fondatrices de l’histoire des fils d’Israël.

 

Matthieu relie le massacre perpétré par Hérode en détournant l’oracle de salut originel auquel sont attachés les pleurs de Rachel, mère des exilés en espoir de retour (Jérémie 31/15). Contre les représentations douces et apaisées de Noël, Matthieu tient à dire que Jésus naît dans un monde cruel.

La Judée donne naissance à Jésus, mais elle le rejette, l’Egypte l’adopte et le sauve comme terre de refuge. La Galilée l’accueille et le porte, devenant sa patrie d’adoption. Dans la suite de l’Evangile, Matthieu qualifie explicitement Jésus de « Galiléen » (26/29). Dans les trois unités de ce passage, l’Ecriture en amont prend une place déterminante. Le lecteur est conduit à voir en Jésus, depuis sa naissance, l’achèvement d’une parole antérieure qui l’annonçait. Nouveau-né, Jésus permet d’interpréter et de récapituler l’histoire d’Israël depuis l’Egypte en passant par les prophètes. Sa vie depuis sa naissance, son œuvre et sa mort sont une nouvelle Ecriture qui donne sens et pertinence aux Ecritures.

 

Pistes, interrogations

Des questions demeurent : Rachel est inconsolable. Le massacre des enfants de Bethléem demeure choquant et laisse en creux bien des questions. Pour Matthieu, Dieu et son projet de salut gardent une part d’incompréhensible et de mystère. Il interroge ici une certaine représentation de la toute-puissance de Dieu.

Il y a des temps d’incompréhension où le silence de Dieu fait mal et se fait lourd.
Dès le récit de la naissance, Matthieu anticipe le récit de la passion. A sa naissance, Jésus est le seul épargné, à la croix, il est le seul à mourir pour que tous soient épargnés. Matthieu ouvre à une théologie du dépouillement de Dieu qui n’arrête pas le mal, mais visite les hommes dans leurs malheurs pour les y aimer en Jésus-Christ. Le mal n’est pas nié et Dieu ne l’arrête pas. Mais Dieu est pour nous celui qui souffre avec.

Le récit du massacre des enfants de Bethléem se situe entre l’aller et le retour Judée-Egypte de l’enfant Jésus. Si le mal est là, il est coincé, limité, encadré, comme maîtrisé sans être nié. Si Dieu demeure silencieux, il n’est pas muré dans son silence. Il offre une alternative, il poursuit son projet. Il poursuit une autre histoire parmi les hommes en résistant au tyran. La puissance du mal et de la mort figurée par Hérode, n’est pas le dernier mot de l’histoire empêchant l’enfant de naître. Dieu accueille le tragique, fait passer d’un monde à l’autre, de la fatalité à l’espérance, de la mort à la vie.

 

Malgré l’histoire et la cruauté des tyrans, ce récit vient marquer l’impuissance des puissants devant le projet de salut de Dieu. Dieu se joue d’Hérode, de ceux qui veulent marquer l’histoire et se prennent trop au sérieux. Le choix de l’individu face aux institutions et aux pouvoirs établis ?

 

Le récit de la naissance de Jésus chez Matthieu présente Dieu comme compagnon solidaire d’une famille de réfugiés politiques. Comment dire l’amour inconditionnel de Dieu face à ces situations prises dans l’étau de la fatalité ?

 

Matthieu, en mettant en scène Dieu face à Hérode, informe les militances pour les droits des enfants, pour le droit d’asile, pour la justice sociale, pour l’équité. Quand l’histoire semble se répéter dans sa violence extrême, quand les inégalités semblent s’accroître, les combats pour l’homme ne sont pas vains. Il y a une mobilisation nécessaire et attendue des membres des Eglises.

 

Il était une fois le sapin de Noël

 

 

Un arbre

Il faut remonter au Moyen-Age, et notamment au Moyen-Age alsacien pour retrouver les origines du sapin de Noël. A cette époque, lors de la veille de Noël, on célèbre dans les églises et sur les parvis des cathédrales un jeu biblique tenant compte du fait que le 24 décembre était dédié à Adam et Eve et le 25 à Jésus-Christ. La pièce montrait d’abord nos ancêtres au paradis et le principal décor était l’arbre de vie. Mais où trouver un arbre avec des feuilles et des fruits en plein hiver ? Pour le figurer, on prit le seul arbre vert de la saison : un sapin.

Des pommes

Ce sapin, on l’ornait de pommes pour rappeler la désobéissance des premiers parents et leur désir d’être « comme des dieux ». Ténèbres et mort s’ensuivent : c’est là le sens donné à la nuit la plus longue de l’année.
Des roses

Mais les ténèbres ne règneront pas toujours sur la terre. Les figurants chantaient alors le cantique : « D’un arbre séculaire, du tronc d’Isaïe, dans la nuit calme et claire, une rose a fleuri. »

Ils attachaient des roses à l’arbre, symbole de Dieu qui vient vers les hommes en Jésus.

Des bredeles

Alors qu’Adam était cause de mort pour l’humanité, Christ donne la vie à cette même humanité. Les figurants attachaient à l’arbre des bredeles, symbole du Christ, pain de vie. Alors que dans l’ancienne alliance, l’arbre de vie était lié à la loi, à une défense, « vous n’en mangerez pas », l’arbre de vie est aujourd’hui lié à une offre : « prenez, mangez, ceci est mon corps donné pour vous. »

Aujourd’hui

Très vite, l’usage du sapin s’est répandu en France, mais, et c’est propre à l’Alsace, il s’introduisit dans les maisons. Au 18ème siècle, selon une coutume allemande, des bougies sont ajoutées. Plus tard, ce fut l’étoile. Les pommes sont devenues … boules, les bredeles des sucreries, les roses, elles, ont disparu. Les guirlandes, les cotons de neige et le sapin en plastique ont fait leur apparition. Jésus libérateur s’est transformé en « petit Jésus » et s’est accompagné du père fouettard, de Saint Nicolas et du père Noël …

Les guirlandes

En Allemagne, une légende raconte qu’il y a bien longtemps, une mère de famille était tellement occupée à nettoyer sa maison pour Noël que les araignées présentes ont dû fuir le grenier pour échapper au balai. Quand la maison a retrouvé sa tranquillité, les araignées sont revenues avec prudence. Elles ont descendu l’escalier sur la pointe de leurs petites pattes pour voir ce qui s’était passé. Surprise ! … Un arbre magnifique se trouvait au milieu du salon !

Dans leur bonheur, elles se sont lancées à l’assaut de l’arbre pour y grimper à toute vitesse. Hélas pour l’arbre, les araignées ont tissé de nombreuses toiles, lui donnant un air de vieux sapin poussiéreux.

Quand le père Noël est arrivé par la cheminée, il a souri face au bonheur des araignées … Mais comme il savait que la mère serait peinée devant l’allure de son bel arbre, il a décidé de transformer les toiles d’araignée en fils d’or et d’argent.
C’est pour cette raison que les sapins portent des guirlandes. On dit même que chaque arbre de Noël devrait avoir une gentille petite araignée cachée parmi ses branches …

 

La couronne de l’Avent

Pour marquer le fait qu’on arrêtait le travail, les peuples germaniques avaient coutume d’attacher une roue sur la porte de la maison : la roue symbolise autant le travail masculin (la charrette, la meule) que féminin (le rouet).
Mais elle symbolise également ce soleil inerte qu’il convenait de « réveiller » en le décorant avec des branches d’arbres toujours verts, en l’occurrence, dans le Nord, du sapin. De la même manière, on allumait de grands feux pour encourager le soleil à se remettre en marche. En allumant le feu, on montrait également qu’on voulait se purifier pour accueillir le soleil renouvelé. Ainsi, la couronne et le feu devinrent signes d’espérance.

Les chrétiens ont repris cette symbolique : vers 1500, partout en Allemagne, on trouve la couronne, mais désormais ornée de bougies pour dire l’espérance de l’Avent, l’attente du Christ et le désir de soleil de justice. Traditionnellement, les bougies étaient violettes – couleur de la pénitence et de la préparation – mais la troisième était rose, car elle était allumée le dimanche Gaudete, réjouissez-vous. Le rose est mélange du violet et du blanc : le blanc de la fête et de la lumière. Chaque dimanche, on allume une des bougies. Parfois, au milieu de la couronne, se trouve une cinquième bougie, blanche, qui sera allumée le jour de Noël.

 

La crèche

 

 

Le mot crèche vient du latin cripia, mangeoire, qui fait référence à l’évangile de Luc.

C’est dans l’église Saint Marie Majeure de Rome qu’au IV° siècle on trouve pour la première fois une célébration de Noël autour d’une crèche : c’est dans cette église que l’on vénérait des reliques de la nativité, langes du Christ et planches de la crèche … Par la suite, François d’Assise crée en 1223 une des premières crèches vivantes. Sous l’influence de l’ordre des Franciscains et ensuite des Jésuites, les crèches deviennent une tradition dans les églises française, notamment en Provence.
Lorsque la Révolution française interdit ces manifestations religieuses publiques, la crèche rentre dans les maisons, avec son cortège de petits santons qui évoquent les figures traditionnelles du village provençal. Il est de coutume de placer l’enfant Jésus le soir du 24 dans la crèche, entouré de Marie et Joseph, de bergers … et d’un bœuf et d’un âne. Ces deux derniers ne sont pas bibliques, mais proviennent du « pseudo-évangile de Matthieu du VII° siècle.

 

 

 

Où est né le père Noël ?

Aux Etats-Unis répondait l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.

Les alsaciens rétorquent : chez nous !

 

Le lointain cousin du père Noël s’appelle Saint Nicolas. Au Moyen-Age, celui-ci fréquente la foire de Strasbourg perché sur un âne et s’aventure même dans les cheminées pour apporter des friandises aux enfants.

Dans le Nord de l’Alsace, on rencontre le Chriskindle vêtu de blanc et couronné de boules. Mais ce personnage débonnaire est souvent escorté par le Hans Trapp, méchant bonhomme qui fouette les méchants enfants.

Ces deux anciens cousins sont spécialisés : le premier vise les petits catholiques le 6 décembre et le second les petits protestants le soir de Noël.
Il y a un peu plus de cent ans apparaît le père Noël. Son compère s’appelle le père Fouettard. Mais depuis, comme tous les enfants sont devenus sages, ce dernier se retrouve au chômage. Le père Noël, lui, a toujours eu le sens des affaires. Il vient tout droit du ciel, au début sur un âne, puis, pour plus d’efficacité, sur un traîneau. Il prend le chemin de la capitale où, dès le début du siècle, il hante les grands magasins. En 1912, pour se faire accepter, il défile avec Saint Nicolas et de petits enfants vêtus de vêtements lorrains et alsaciens. Pensée émue et patriotique pour l’Alsace occupée.

Dès lors, sa carrière est fulgurante. La France l’adopte, le père Noël ne connaît pas de frontières. Dans sa hotte, il porte désormais les cadeaux que l’on offrait le siècle précédent le 1er janvier.

Mais les évêques brandissent leurs mitres contre cet intrus qui met sur la paille le petit Jésus et les anges dispensateurs traditionnels de cadeaux. En 1952, ils font brûler l’effigie du père Noël sur le parvis de la cathédrale de Dijon. La querelle s’est éteinte avec le bûcher. Depuis, le père Noël continue sa carrière saisonnière et internationale.

 

 

 

 

Quelques coutumes de Noël autour du monde

 

 

Au Danemark, tous les enfants connaissent les elfes de Noël : de minuscules bonshommes barbus, espiègles, rusés, qui tiennent à l’aise dans un trou de serrure ou dans un dé à coudre … Mais leur pouvoir est immense. Vêtus de lainage écru grossièrement tissé, coiffés d’un bonnet pointu rouge vif, ils hantent les granges et dépendances de fermes et veillent sur tout le monde. Sans eux, que d’accidents surviendraient ! Mais il ne faut pas oublier à Noël de leur offrir un bol de lait ou une bouteille d’avoine, car ils sont très capricieux !

 

En Allemagne, le soir de Noël, les enfants attendent impatiemment l’ange de Noël qui apporte les cadeaux. On laisse une fenêtre ouverte pour que l’ange aux ailes d’or, vêtu d’une robe blanche, entre dans la pièce en agitant une clochette. Les enfants se précipitent, mais l’ange s’est déjà envolé, laissant de mystérieux colis près de la fenêtre ou de la cheminée.

 

Les enfants italiens guettent la Befana : vieille fée qui se cache sous les traits d’une sorcière, elle apparaît entre le 1er et le 6 janvier. Selon une ancienne légende, avertie de la naissance du Christ, elle tarda à sortir de sa maison et perdit de vue l’étoile. Depuis, à cheval sur un balais, elle erre à la recherche de la Sainte Famille, laissant des cadeaux dans chaque maison visitée.

En Tchéquie comme en Pologne et dans beaucoup d’autres pays, la fête de Noël commence par un jour de jeûne. Mais à l’apparition de la première étoile, le jeûne prend fin et l’on se réunit en famille autour d’un délicieux repas. Partout, sur le sol et jusque sous la nappe, on a répandu de la paille en souvenir de l’étable de Bethléem. Le père de famille prend un morceau d’une mince galette ornée d’une scène de la nativité puis tend la galette à son voisin. La galette passe ainsi de main en main autour de la table. Les absents en recevront un morceau par la poste. Une chaise vide attend Marie et Jésus pour le cas où ils passeraient …

 

En Russie, à l’origine, on fêtait Noël le 7 janvier. C’était une fête purement religieuse précédée d’un jour de jeûne et de prières. Une légende raconte qu’une babouchka ayant reçu la visite des mages cherche à les rattraper, mais leurs traces ont été effacées par la neige. Depuis, elle visite chaque maison avec son panier plein de petits cadeaux.

 

Les santons de Provence (de santoun, petit saint en provençal) ont été involontairement popularisés par la Révolution française. A la suite de la fermeture des églises, un fabricant de statues de Marseille eut l’idée de fabriquer des santons bon marché pour que les gens puissent installer des crèches chez eux.
L’art du santon connut son apogée dans la première moitié du 19
ème siècle, ce qui explique que les costumes datent pour la plupart de cette époque. A côté des figurines bibliques habituelles, on trouve les personnages de la vie et du folklore provençal : joueur de tambourin, rémouleur, marchand de pistaches, etc. et toutes les classes sociales : devant la naissance du Christ, tous sont à égalité.

 

Les pastorales sont nées au 18ème siècle. Les santons, immobiles et muets, montent sur la scène pour y jouer la Pastorale et y chanter des noëls provençaux. Les pastorales sont multiples, sortes d’opéra comiques au canevas remodelé chaque année. La fin y est miraculeuse et édifiante : tout le monde promet de se convertir !

 

 

Fêter Noël autrement en proposant une veillée contes !

Voici une petite sélection de contes de Noël, saynètes ou sketches à partager :

 

Contes et saynètes de Noël rassemblés par Marie-Bénédicte de Villenfagne, ed. Fidélité 2008, 2 CD audio, 95 pages. Rédigés par un groupe de conteuses appelé « Il était une foi … de conteuses », ces douze contes et ces deux pièces de théâtre sur le thème de Noël sont nés autour de rencontres et de partages.

Un jour à ne pas manquer et autres contes de Noël par Hélène Küng, ed. Labor et Fides, 145 pages. Noël est pour certains un beau rêve, pour d’autres une insulte aux victimes des injustices et des luttes de pouvoir. A l’heure des déséquilibres écologiques ou politiques et des pillages économiques, n’est-il pas devenu indécent d’invoquer une naissance miraculeuse et une paix possible ?

Et s’ l’histoire de Noël était née au milieu d’injustices et de violences aussi décourageantes que celles que nous connaissons ? Et si elles avaient été écrites pour répondre au désespoir ?

Hélène Küng a participé durant sept ans à la formation théologique des pasteurs au Rwanda et s’est engagée aux côtés des « femmes pour la paix » durant le conflit en ex-Yougoslavie.

Sketches, saynètes et dialogues : pour Noël, Pâques et toute l’année par Alain et Marion Combes, ed. Olivétan, 2008, 103 pages.

Noël : une anthologie des plus beaux textes de la littérature mondiale présentée par Ismail Kadaré, ed. L’Archipel, 1994, 237 pages. D’Andersen aux frères Grimm, de Lope de Vega à Hoffmann, d’Oscar Wilde à Tchekhov, ce libre rassemble quelques-uns des plus beaux textes inspirés par l’hiver, Noël et l’année nouvelle.

Noël : le livre des contes, des poésies et des chansons, ed. Milan jeunesse, 2005

Des grands contes traditionnels d’Andersen et des frères Grimm aux vers d’Arthur Rimbaud, des chansons fredonnées en famille sous le sapin aux légendes du monde … Pour célébrer au fil des mots toute la magie de l’enfance.

Veillée de Noël, contes et récits par Marc Faessler, ed. Labor et Fides, 184 pages. Malgré l’orgie des lumières des magasins, les foules pressées, la veillée de Noël ouvre encore ses bras au cœur humain. Le recul du christianisme, la mondialisation culturelle, l’incroyance n’y changent rien : la nuit du 24 décembre n’est pas une nuit comme les autres.

 

Des cadeaux gourmands et équitables

 

A Noël, on consomme et on offre du chocolat, c’est bien connu ! Dans certaines familles, on pousse la gourmandise et l’art de vivre en offrant des paniers garnis qui permettent de se faire de bons petits repas gourmands, facilement chez soi.

Des producteurs locaux et paroissiaux sont à votre disposition pour trouver des produits issus de l’agriculture biologique. Artisanat Sel, une association protestante de solidarité internationale vous propose des cadeaux alimentaires issus de l’agriculture biologique et équitable avec une gamme de chocolats, cafés, thés, confitures, miels et épices.

www.artisanatsel.com

 

Une recette

 

Le gâteau de l’Avent

Ingrédients : 1 dl de café fort, le jus d’une orange, 100 g de raisins secs, 250 g de sucre roux, 150 g de beurre, 3 œufs entiers, 1 zeste rappé d’orange, 500 g de farine, 2 cuillères à café rases de levure chimique, 2 cuillères à moka de sel, 1 à 2 cuillère à soupe de lait (si la pâte est trop épaisse).

 

Faire du café fort. Laver une belle orange à l’eau chaude et au savon. Bien la sécher avant de rapper le zeste qu’on laisse en attente.
Presser l’orange. Faire tremper les raisins secs lavés et égouttés dans le mélange café (1 dl) plus jus d’orange.
Travailler le beurre ramolli avec le sucre. Ajouter les œufs un à un. Bien battre. Ajouter le zeste d’orange rappé. Mélanger.

Peser la farine. Y ajouter la levure, le sel et tamiser le tout sur la préparation, tout en remuant. Quand la pâte devient trop épaisse, verser en une fois le mélange café, jus d’orange et raisins secs. Remuer. Tamiser le reste de la farine en continuant à remuer. Si à la fin, la pâte est trop épaisse, ajouter 1 à 2 cuillères à soupe de lait, mais seulement si nécessaire.
Verser la pâte dans un grand moule à cake, chemisé et huilé.
Cuire à four moyen (thermostat 6,5).
On peut remplacer le café par de thé fort, ce qui donne un autre gâteau.

 

 

Et à l’année prochaine …