Le temple bâti au village de La Rivière, en remplacement d’un autre édifié à La Torrière, fut inauguré le 17 août 1869. Il ne sert plus de lieu de culte depuis 2007. Le pasteur Horace Gourjon offrit le terrain …

 

Le temple construit à La Rivière en 1869

 

 

                                                 Premier temple de La Torrière

 

Les protestants de Fresnes paraissent s’être assemblés au début de la Réforme sur les terres des Le Harivel, au lieu-dit “Le Temple”. Le 8 avril 1611, les frères Thoury donnèrent au consistoire de l’Église, une “place pour servir a bastir ung temple pour l’exercice de ladite religion”, situé au village de La Torrière. Néanmoins le baron de la paroisse interdit aux huguenots de faire exercice de leur religion sur ses terres. Le consistoire fit appel devant les juges de la vicomté de Vire, puis devant la Chambre de l’édit de Rouen. Le seigneur passa finalement une transaction le 27 avril 1615 dans laquelle il reconnaissait “que ledit exercice avait été fait en 1596 et 1597, mais que c’était sans son consentement” et qu’en conséquence il se désistait “de l’opposition qu’il avait formée au bâtiment d’un Temple et à l’exercice de ladite religion” et déclara qu’il n’empêche plus “de bâtir sur la terre à eux donnée par les nommés Thoury”.

Le temple fut construit sur un terrain mesurant trente-deux mètres par quinze mètres, situé à l’intersection du chemin allant du village de La Torrière à Fresnes et d’un autre chemin conduisant à La Fontaine Fleurie. L’édifice devait posséder deux portes, l’une ouvrant devant et l’autre derrière pour permettre aux fidèles un accès libre et aisé à l’édifice.

Il est probable que les autorités judiciaires et ecclésiastiques en retardèrent la construction comme elles le firent pour les autres temples du Bocage et que l’édifice fut livré au culte vers 1620.

Le roi Louis XIV entreprit, à partir de 1661, de réduire les libertés religieuses, jusqu’à l’interdiction des cultes et la destruction des temples. Le 31 mai 1680, cinq années avant la révocation de l’édit de Nantes, le roi “interdit pour toujours l’exercice public de ladite R.P.R. audit lieu de Fresnes et village de la Torrière” et ordonne la démolition du temple jusqu’aux fondations dans les deux mois qui suivent la signification de l’arrêt.
Les matériaux du temple abattu servent à l’édification de la tour de l’église Notre-Dame de Fresnes, la cloche est réinstallée à l’église Saint-Sauveur de Condé. Les rentes du consistoire sont confisquées et versées aux hôpitaux de Condé et Vire. Le terrain, de même que le cimetière sont saisis et attribués à la commune de Fresnes qui en est propriétaire depuis ce temps.

 

                                              Second temple de La Torrière

 

Les protestants de Fresnes recommencèrent à se réunir clandestinement à partir de 1775 à La Torrière et d’enterrer les corps dans le cimetière interdit d’inhumation depuis 1680. En 1797, ils se réunissaient “place de La Torrière”. En 1805, ils édifient un nouveau temple, à proximité du précédent, dans la prolongation du cimetière.

L’acte de vente du 30 ventôse an XIII (21 mars 1805) d’une portion de terre supplémentaire d’un are, précise que le terrain joint “au levant le cimetière dudit lieu, au midy le chemin de Fresnes à Tinchebray, au couchant et au nord ledit vendeur, … il souffrira pendant six mois à partir de ce jour, sur son terrain, les pierres et matériaux maintenant y existants, … de même, il souffrira l’entrée du temple … sur ses fonds, la porte à y pratiquer devant exister du côté du couchant”. Anne Duval, veuve de Jacques Duchemin, fit don de ce terrain au Consistoire. Le temple mesurait environ sept mètres cinquante de large par quinze mètres de long.

 

 

Vestige de la porte d’entrée du second temple de La Torrière

 

Soixante ans après sa construction, les notables se plaignaient que le temple était dans “un état complet de délabrement … éloigné des fidèles de deux à trois kilomètres … et difficile d’accès”, qu’il n’était accessible que par des chemins défoncés, boueux, des “fondrières” impraticables en hiver autrement “qu’en charrette et en sabots”. Il était éloigné des nouvelles routes goudronnées tracées au cours de la seconde moitié du siècle. Les membres du consistoire demandèrent la construction d’un nouveau temple placé à proximité d’une route praticable, au milieu de la population protestante.

A l’achèvement du temple de La Rivière, le temple de la Torrière fut démoli “hormis la porte d’entrée et les pierres qui l’entourent”, et ses matériaux furent vendus. La chaire et les bancs furent ramenés dans le temple de La Rivière. Le terrain débarrassé du bâtiment permit d’agrandir le petit cimetière.

 

Le petit cimetière de La Torrière

 

                                                       Temple de La Rivière

 

Le 23 décembre 1864, Horace Gourjon acheta de ses deniers personnels un terrain d’une superficie de cinq ares, situé au centre de la population protestante de Fresnes, à quelques mètres de l’école protestante en fonction depuis 1843. Il en fit don au conseil presbytéral le 7 août 1865. Deux ans plus tard, le Conseil d’État et le ministère des Cultes donnèrent leur accord à cette donation (décrets des 26 juillet et 6 août 1867).

Le temple de conception “modeste” et économique, surplombé d’un clocheton, fut l’ouvrage de M. R.-F. Murie, architecte de la ville de Flers. Les travaux, qui s’élevèrent à environ 7 300 F, furent financés au moyen d’une souscription (3 700 F) et d’un secours de l’État (3 100 F). Certains ouvriers s’imposèrent des heures supplémentaires pour achever l’ouvrage.

Le pasteur H. Gourjon consacra le temple le 17 août 1869 par “une fervente prière” et le pasteur Melon de Caen prononça le discours de dédicace :

“Que tes tabernacles sont aimables, Éternel des armées” (Ps. 84 : 2).
Pour aller plus loin, un site : “Histoire des églises protestantes de Frênes (Orne)”
http://genealogie.delafontenelle.net/histoiref.htm
Deux ouvrages de Jacky Delafontenelle : “Les protestants du Bocage normand – L’histoire, de l’origine à nos jours”.
http://protestants.canalblog.com/
“Les familles protestantes de Fresnes – Généalogie & histoire des familles protestantes originaires de l’ancienne Eglise réformée de Fresnes & autres du Bocage normand”
http://protestantfrenes.canalblog.com/

                                                                                          sources : Jacky Delafontenelle