Le temple bâti au village de La Groudière fut inauguré le 4 novembre 1855 en remplacement d’une “maison de prières” délabrée. Le magazine “L’Illustration” relata la cérémonie agrémentée d’un croquis …

Le temple de La Groudière construit en 1855

 

                                    Premières maisons de prières de La Groudière

 

Les protestants de Montilly achetèrent le 31 mars 1789, une maison située au hameau de La Groudière, en contrebas du chemin vicinal allant de Montilly à Saint-Germain-du-Crioult pour servir de “maison de prière”.

Cet édifice aux dimensions réduites (environ huit mètres par cinq) était insuffisant pour contenir tous les fidèles. Ceux-ci envisagèrent en 1824 de construire un temple, mais ils durent y renoncer faute d’avoir pu réunir les fonds nécessaires. Ils se contentèrent de racheter en 1826, “une maison servant de grange et étable … qui joute au levant la maison actuelle servant à la prière”, pour être aménagée, après travaux, en temple.

Pour transformer cette étable en temple, sept croisées sont percées dans les murs latéraux, le sol est défoncé et un plafond supporté par deux voûtes est créé. Le bâtiment mesure 5,49 m de large par 16,21 m de long. La hauteur sous poutres est de 3,04 m et de 4,04 m sous la voûte. Le sol est en terre battue, le toit couvert de chaume. Le pasteur Emile Frossard fit la dédicace de cette maison de prière, le 15 juillet 1827.

 

Les maisons de prières de La Groudière
A gauche du plan, la maison de prière achetée en 1789, à droite, la grange aménagée en temple en 1827. Le pasteur prenait place sur une estrade au centre de l’édifice.

 

 

Ce lieu de cultes était régulièrement inondé les jours de grandes pluies. Ce n’était, selon le pasteur Louis Taillefer, “même pas un temple”. C’était “une vieille et infime masure couverte en chaume”, un édifice “complètement délabré, de tous points inconvenant pour la célébration d’un culte, placé sur un terrain excessivement humide, … trop étroit, bas et sombre”.

Le Consistoire de Montilly chargea, en 1843, l’agent voyer en chef de l’arrondissement de Domfront, M. Levêque de dresser les plans et devis d’un nouveau temple. Le pasteur Horace Gourjon, remplaçant le pasteur Taillefer qui avait fait les premières démarches, mit tout en oeuvre pour mener ce projet à son terme.

 

                                                     Temple de La Groudière

 

Le Consistoire acheta le 20 mars 1851, un terrain d’environ quatre ares, en jardin légumier, destiné à “l’érection d’un temple pour le culte protestant”, appartenant à Jacques Huard et Victoire Huard épouse de Paul Levain, situé à une quarantaine de mètres des maisons de prières, de l’autre côté de la route, le long du chemin vicinal allant de Montilly à Saint-Germain-du-Crioult. Les différentes municipalités dirigées alternativement par un maire protestant et catholique, la lenteur du Conseil d’État qui mit plus de trois années pour autoriser l’acquisition du terrain (décret du 12 juillet 1854), firent traîner ce projet durant douze ans. M. Paul Verolle, architecte du département du Calvados, dut établir de nouveaux plans et devis.

La commission des Arts et Édifices religieux qui examina le nouveau projet donna un avis favorable, tout en demandant la simplification de la partie supérieure de l’entrée qui présentait un important porte-à-faux. Surplombée d’un campanile, la façade principale, allégée, ressemblait à celle du temple de Condé.

 

L’inauguration du temple de La Groudière, d’après “L’Illustration”

 

 

Les pasteurs Melon, Gourjon et Dussaud l’inaugurèrent le 4 novembre 1855. Le chroniqueur de l’hebdomadaire L’Illustration rapporta que “cette cérémonie, d’une simplicité toute puritaine, n’offre rien de particulier que sa simplicité même … A dix heures les religionnaires, précédés de plusieurs ministres vêtus de longues robes noires, sont partis processionnellement de la demeure de leur pasteur, M. Gourjon. Arrivés en face du nouveau temple, le cortège y a péné- tré avec un calme et pieux empressement, au milieu d’une double haie de curieux accourus pour assister à la cérémonie. M. le pasteur de l’Église de Caen a monté dans la chaire et annoncé aux fidèles que le temple était ouvert à leurs prières et consacré à la gloire de Dieu”. Puis H. Gourjon, après avoir lu la prière de dédicace de Salomon, demanda à Dieu, “que la nouvelle maison qui lui était dédiée n’entendit jamais que de fidèles prédications”. Après le banquet réuni dans l’ancien temple, la cérémonie se poursuivit par un second culte.

La maison de prière fut transformée en école protestante en 1858, et la petite maison achetée en 1789, en habitation pour l’instituteur.

Le temple de La Groudière ne sert plus de lieu de culte depuis 2007.

Pour aller plus loin, un ouvrage de Jacky Delafontenelle : “Les protestants du Bocage normand – L’histoire, de l’origine à nos jours”.
http://protestants.canalblog.com

                                                                                                   Sources : Jacky Delafontenelle