Témoignage d’Emilie Marie Lihou (1907- 2002)sur ses vacances passées chez ses grand-parents Collin au village des Aunays Bilbots à Athis de l’Orne. «  recueilli par Françoise Ouvry en 1978 »

 poirier

Nous allions (mes frères, ma sœur et moi) passer presque toutes nos vacances chez nos grand-parents maternels . Dans ce calme et paisible village, notre seule télé à nous, petits Condéens de 6 à 10 ans, c’était la vie de tous les jours et les histoires que l’on entendait raconter.

Lorsque nous l’entendions, nous allions souvent au « tapage » . c’était le bruit que faisait le dernier métier à tisser du village qui raisonnait gaiement, actionné par une dame très âgée (Euphragie Bocage). Du plus loin que je me rappelle, je revois son mari François dans son jardin, habillé de ces bleus passés qu’ils fabriquaient.

 

C’était la fête, avec ma sœur, assises sur le banc à tisser, une de chaque côté de la tisserande et chacune à notre tour, nous « suppions » le fil de la navette, nous lancions la navette, mais nos jambes étaient trop courtes pour atteindre les pédales et les faire fonctionner. Nous bobinions aussi le fil sur les navettes avec un rouet.

 

Au temps de mon arrière grand père vers 1845, les Aulnays, c’était un gros village, habité par des tisserands qui presque toujours avaient leur maison, leur jardin, deux ou trois petits champs une ou deux vaches, poules et lapins.

Des cultivateurs qui eux avaient plus grand de champs mais loin de ce qu’il y a maintenant et qui souvent en même temps faisaient tisser : ce qui veut dire qu’ils allaient à Flers avec un cheval et carriole chercher des chaînes qu’ils ourdissaient et donnaient à leurs tisserands attitrés pour ensuite les remporter tissées. Elle étaient souvent expédiées sur l’Angleterre .

 

Il n’y avait pas de gens riches : pour le confort, chacun avait ses « lieux » à l’abri d’un bâtiment ou au fond du jardin . Il fallait tirer l’eau des puits ou la prendre à la fontaine du village et se »débarbouiller » à la pompe à 20 mètres de la maison. Notre grand père avait une toute petite auge de granit sous la gouttière de sa maison . Il s’y lavait les mains quand il rentrait des champs avec un « pouche » sur son dos quand il pleuvait. Il y avait aussi la boite à savon en bois à l’abri de l’eau sur un pieu auprès de la pompe.

La vie était calme et laborieuse. Les gens s’entendaient bien en général et s’entraidaient. Il faut dire qu’il n’était pas encore très loin le temps des guerres de religion, de la révolution, des chouans, des bleus et de leurs tueries. Les gens appréciaient enfin de travailler en paix.

 

De bonne heure le matin les lampes étaient allumées et les métiers étaient en branle. Mais au moment de la soupe et du casse croûte, quelques uns prenaient l’écuelle, le bout de pain, fromage ou lard et faisaient le tour du village en bavardant ou en quête de nouvelles. Il y avait aussi les veillées dans les étables pour avoir plus chaud et pour économiser la lumière. C’était à peu près les seules distractions avec les noces, les fêtes religieuses et les cultes et les messes du dimanche qui avaient lieu le matin et l’après midi. Plusieurs y allaient à pied protestants et catholiques.

 

Il ne restait pas beaucoup de temps aux jeunes pour jouer sur la commune, sur une sorte de terre plein, pas très grand, pour les jeux de ceux qui voulaient y aller. C’était à tout le monde et les plus pauvres y faisaient manger l’herbe par leur chèvre, au piquet.

Notre arrière grand mère « maman Delphine » est décédée à 94 ans, j’en avait 14. Sa canne était un manche à balai. Elle n’avait jamais vu un médecin sauf 8 jours avant sa mort.

 

Nos deux grands pères sont morts avec presque toutes leurs dents sans les avoir jamais lavées !

Souvent on mangeait de la bouillie le matin, de la galette de sarrasin le midi et des « pous » le soir (pous= bouillie d’avoine).

 

Le sarrasin et l’avoine sont bon pour la santé !