1 Samuel 16/12 et 13

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Samuel, le Seigneur, Jessé et David…

Les uns parlent, dialoguent, un reste silencieux,

Un tâtonne, Un guide, un averti, un reçoit le signe,

Un Autre accompagne tout cela de sa présence,

guide les dialogues,

inspire les gestes,

et se donne pleinement pour toujours, l’Esprit !

Et tout cela à Bethléem, la maison du pain, déjà le lieu de la naissance d’un roi.

Il faut à l’un dépasser ce que son regard voit, ne pas s’arrêter à la force, à la beauté, à tout ce qui pourra faire croire que l’on peut choisir seul pour tous.

Il faut à l’un avoir assez d’autorité pour dire : « il en reste un là-bas, à qui l’on n’a pas pensé », pour faire taire peut-être la jalousie silencieuse des frères non choisis, pour encourager le plus jeune à s’avancer.

Il faut à l’un l’obéissance nécessaire face en l’adulte, en présence des anciens, en présence de ses frères, face à l’inconnu pour s’avancer en silence.

Il faut l’Esprit du Seigneur pour que la Paix règne au milieu de ce groupe d’hommes.

Il faut l’Esprit du Seigneur pour vivre dans la confiance le choix et poser le signe.

Il faut l’Esprit du Seigneur pour que ce signe demain soit reconnu

et accompagne la vie au service du peuple.

Toi, le Seigneur, toi et toi…

Pour discerner ce qui sera au service de tous,

Pour que l’on n’oublie pas ce qui est caché mais qui est là prêt pour le service,

Pour poser le signe ou le recevoir,

Et le Seigneur pour tout bénir !

… Pour tous !

Et l’huile sera versée, l’onction sera donnée,

l’Esprit jamais ne se retirera de ton cœur, de ta vie

Et tout cela pour le service d’un plus grand nombre encore

Pour le service de la Vie !

Pasteur Olivier Filhol

Méditation de Cyriane

Jean 9, 1-41 : la guérison de l’aveugle-né

Le texte que nous venons de lire relate l’histoire d’un homme dont on ne sait absolument rien si ce n’est qu’il est aveugle de naissance. Le narrateur ne le définit pas par son prénom ou son âge ou sa profession mais par sa cécité : il est aveugle depuis sa naissance. Et cela suscite immédiatement une question des disciples : qui, de lui ou de ses parents, a péché pour qu’il soit infirme ? Sous-entendu, les disciples ne comprennent et n’expliquent la maladie – ou la cécité – de l’homme que sous l’angle du péché. Mais, comme souvent dans l’évangile selon Jean, les disciples n’ont pas bien compris les choses. Aussi, Jésus les reprend. Ce n’est pas parce que cet homme ou ses parents seraient fautifs que l’homme est aveugle mais, au contraire, parce qu’à travers la cécité de cette homme Dieu veut se manifester. Cette parole s’adresse à nous tous. Nous sommes tous, quelle que soit notre condition, lieu de la manifestation de Dieu. Autrement dit, nous rayonnons tous de la présence de Dieu dans nos vies et dans le monde. Quelle joie !

Juste après, Jésus procède à la guérison de l’aveugle qui n’a, en fait, rien demandé. Et pourtant, il se laisse faire. Il se laisse appliquer le mélange de salive et de boue sur les yeux et obéit à Jésus, c’est-à-dire qu’il lui fait confiance, lorsque que Jésus lui dit d’aller au bassin de Siloé pour se rincer le visage. Est-ce que cette obéissance, cette confiance, c’est le premier pas de foi que fait l’aveugle vers Jésus ? Il faut dire aussi que, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, cette guérison ne semble pas tout-à-fait être un cadeau pour l’aveugle car c’est précisément à partir du moment où il va voir que les ennuis vont commencer. Tout d’abord parce qu’il va être confronté au regard de l’autre. Et les autres ne le reconnaissent pas. Comme si, étant aveugle, personne ne le voyait alors que son infirmité aurait dû attirer le regard et comme si, ayant recouvré la vue, ceux qui l’entourent et les pharisiens étaient eux-mêmes aveugles. Il doit donc justifier son identité. Par-delà la question de son identité, on cherche ensuite à savoir qui l’a guéri.

Et c’est ainsi que s’enclenche toute la controverse avec les pharisiens car Jésus a commis la guérison le jour du sabbat. L’attitude de Jésus est jugée provocatrice par les représentants de la Loi. Mais si Jésus a guéri l’aveugle-né le jour normalement consacré au repos c’est bel et bien pour montrer que sa venue offre une nouvelle compréhension de la foi : elle ne dépend plus ni du péché (dont la conséquence serait la maladie) ni des œuvres mais de l’ici et du maintenant de la manifestation de Dieu en la guérison réalisée par Jésus et en la transformation qu’elle opère en l’aveugle qui fait confiance à cet inconnu voulant le guérir. Jésus propose une nouvelle dynamique qui surpasse celle proposée par la Loi des pharisiens : il est la lumière du monde.

Les complications engendrées par la guérison de l’aveugle s’enchaînent. Après avoir entendu une première fois l’aveugle, les Juifs convoquent ensuite ses parents qui, disons-le, se dédouanent par peur. Nous ne pouvons pas leur jeter la pierre car nous ne savons pas ce que nous aurions fait à leur place. L’entretien avec ses parents n’étant pas concluant, les Juifs convoquent une seconde fois l’aveugle en personne qui répète à nouveau son histoire. C’est, on l’imagine aisément, exaspéré que l’homme guéri demande aux Juifs – par provocation ? – s’ils veulent devenir des disciples de Jésus. Les Juifs crient au scandale en se réclament de Moïse, le garant de la Loi alors qu’ils accusent Jésus d’être un pécheur. Et l’aveugle de répondre : « s’il n’était pas Dieu, il ne pourrait rien faire ». L’action miraculeuse que Jésus a exercée sur lui est la preuve que Jésus est le Fils de Dieu. Le jugement des Juifs à l’égard de l’aveugle est clair : l’aveugle, selon eux, est tout entier dans le péché depuis qu’il est venu au monde. À l’inverse de l’enseignement de Jésus, ils considèrent encore que la cécité de l’aveugle est liée à son péché. En confessant à demi-mot que Jésus est de Dieu, l’aveugle est exclu ; littéralement ; « il est jeté dehors ». Dès lors, plus aucune vie sociale ne lui est permise.

C’est à ce moment-là que Jésus entre en dialogue avec l’aveugle. La réponse de ce dernier est simple : « Je crois, Seigneur » et il prosterne aux pieds de Jésus. Il a totalement fait le pas de la foi et s’en remet à Jésus seul. L’accueil est venu de Jésus et il l’a pleinement accepté. Finalement, la vue dont parle Jésus n’est pas la vue comme sens corporel mais comme compréhension spirituelle. L’aveugle-né était aveugle, c’est-à-dire qu’il ne croyait pas. Mais l’action de Jésus dans sa vie, son dialogue avec lui, l’a conduit à le reconnaître comme le Fils de l’homme. D’aveugle, Jésus lui a ouvert les yeux et il a vu. De l’homme qui était dans les ténèbres, qui ne connaissait pas Dieu, par l’action de Jésus qu’il reconnait être de Dieu, il est devenu un homme dans la lumière avec la pleine compréhension de qui est Jésus et de ce qu’il fait dans la vie de ceux qui placent leur confiance en lui.

À l’inverse, les pharisiens qui voient sont, en réalité, aveugles. Parce qu’ils pensent qu’ils ont la connaissance de Dieu, ils ne l’ont précisément pas. En taxant l’aveugle-né de pécheur, ils se trompent totalement. L’aveugle est revenu à la vue car il a accepté de se laisser travailler et changé par Jésus. En revanche, les pharisiens démentent toute filiation entre Dieu et Jésus. Ils refusent de voir la vérité proposée par Jésus et se raccrochent à la Loi de Moïse bien plus rassurante. Ce sont donc eux les aveugles et, en persistant dans leur aveuglement, ils « demeurent » dans le péché.

Plusieurs questions et enseignements sont toujours valables pour nous aujourd’hui :

  • sommes-nous ces pharisiens qui, sous prétexte qu’ils prétendent avoir connaissance des choses de la foi, taxent d’autres de pécheurs ?
  • Sommes-nous les parents de l’aveugle-né qui refusent de prendre un risque par peur ?
  • Sommes-nous cet aveugle-né qui se laisse travailler et accueillir par Jésus ?

Probablement que nous sommes un peu de ces trois à la fois mais en ayant à cœur de tendre vers la figure de l’aveugle qui a fait une démarche de foi entière en mettant sa confiance en Jésus. Car Jésus nous précède dans notre foi. C’est lui qui nous donne la compréhension de la foi. Il nous propose un accueil incroyable en nous donnant accès à la révélation et nous avons la chance de pouvoir y répondre et de renouveler notre réponse quotidiennement.

Dieu nous offre également un cadeau immense en se servant de nous, à l’image de l’aveugle-né, pour se manifester. N’oublions pas aussi que, comme cet aveugle-né avec sa situation, si difficile qu’elle soit, Dieu peut se manifester en nous. Nous pouvons être, dans nos difficultés/dans nos malheurs mais aussi dans une attitude de joie et de rayonnement, des lieux de la manifestation de l’action de Dieu.

À nous d’en témoigner.

Cyriane Rohner-Ouvry