Texte d’ Henri Persoz

 

La perte d’influence du christianisme en Europe est malheureusement manifeste. Le protestantisme en Allemagne, en Suisse, dans les pays du Nord de l’Europe subit un recul saisissant. Le catholicisme en France perd beaucoup de terrain. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir la raréfaction impressionnante du nombre de prêtres. Pour nombre de nos amis et de nos proches, le christianisme n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui.

 

Je vois les raisons de cette situation dans le fait que les Églises, dans leur ensemble, ne se sont pas adaptées aux temps modernes. Elles tiennent encore trop souvent un langage vieux de plusieurs siècles, hérité d’une époque encore plus lointaine. Si bien que leur discours est devenu incompréhensible pour beaucoup et sans intérêt. Que signifient pour nos contemporains ces histoires d’incarnation, de rédemption, de crucifixion, de résurrection, de sacrement, d’un homme qui est aussi Dieu ? Et en quoi sa mort sur la croix peut-elle nous concerner ? Et pourquoi le Christ sauverait-il le monde ? Et pourquoi ne l’a-t-il pas déjà fait ? Qui peut croire qu’il va revenir sur terre ? Tout cela n’a plus beaucoup de signification aujourd’hui. Pas étonnant que nos contemporains, nos jeunes, ne s’intéressent plus à ces vieilles histoires trop éloignées des réalités et de leur difficulté à vivre. Certes il y a encore des croyants et un peu de monde dans les églises, il est vrai pas très jeune. Cependant nous comptons en Europe beaucoup plus d’incroyants que de croyants et de monde hors des églises que dedans. Donc le christianisme est manifestement en déclin aujourd’hui. Maintenant qu’il ne représente plus une obligation sociale, il ne réussit pas à intéresser les foules, sauf peut-être les tendances dites « évangéliques ».

 

Et pourtant il a modelé notre civilisation. Il a défendu, tardivement il est vrai, l’égalité entre les personnes. Il a conduit les gouvernements à humaniser les lois, il a permis le développement d’une quantité d’œuvres de solidarité, il a orienté tant d’hommes et de femmes vers le souci des plus démunis. Il a défendu la liberté. Luc Ferry, dans son livre Sagesse d’hier et d’aujourd’hui, ne manque pas de critiques à l’égard du christianisme. Cependant, il reconnaît que « la morale chrétienne a fait voler en éclats les principes fondamentaux des grandes éthiques aristocratiques grecques ». Il parle « d’une révolution d’une ampleur abyssale, à vrai dire la seule révolution morale importante depuis 2000 ans. » Il écrit que ce n’est pas un hasard si la démocratie s’est développée en pays chrétien et nulle part ailleurs. Admettons que ses mots aient dépassé un peu sa pensée. D’où vient ce contraste entre l’apport du christianisme dans le passé, nonobstant toutes les grandes erreurs des Églises, et ce qu’il est devenu aujourd’hui ? A-t-il terminé sa mission ? Loin de là, à mon avis.

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