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Lectures bibliques :

    • Ecclésiaste11.1-6
    • Mt 15.21-28
    • Mt 16.5-12

 

Prédication 

 

 
 
 

    1. Déséquilibre constamment rattrapé

 

Nous savons que Jésus résumait en 2 commandements le chemin pour faire la volonté de Dieu : « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence » et « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même ». La tension entre ces deux pôles, cette tension féconde qui crée la dynamique de la foi chrétienne, nous met en route. Ces deux commandements sont deux piliers sur lesquels nous nous appuyons, mais nous risquons toujours de nous appuyer trop sur l’un ou sur l’autre… Que faire ? Tenir comme un équilibriste entre les deux ?

 

Précisément, ce qui fait tenir un équilibriste en équilibre, c’est d’être constamment en mouvement, de toujours compenser les déséquilibres inévitables, de toujours se rééquilibrer en bougeant. Et si vous avez suivi un jour des cours de cirque, vous savez que quand on est débutant et qu’on s’essaie au funambulisme, il vaut mieux avancer sur le fil, marcher dessus c’est ainsi qu’on a le moins de risques de tomber.

 

Un déséquilibre constamment compensé, c’est aussi ainsi que l’on pourrait définir le mouvement de la marche. Car pour marcher, il faut reporter son poids d’une jambe sur l’autre mais aussi vers l’avant, ce qui implique de se déséquilibrer, car l’on avance son centre de gravité alors que la jambe qui va porter le poids du corps n’est pas encore posée à terre devant soi… On avance alors qu’on n’est pas encore sûr de son appui… La marche est donc un exercice risqué, un déséquilibre constamment rattrapé. A force de pratiquer cette activité, nous oublions ce déséquilibre qui nous déstabilise, mais que nous parvenons constamment à rattraper, au point de finir par l’oublier. Par contre, pour les personnes qui ont des troubles de l’équilibre, certaines personnes âgées et celles dont les appuis sont fragilisés, tout comme pour les enfants qui apprennent à marcher, ce risque est évident, concret… Il peut les insécuriser, mais le plus souvent, elles l’intègrent.

 

Et notre vie d’Eglise, d’Eglise en marche, est aussi un déséquilibre constamment rattrapé, entre l’intériorité et l’attention aux autres. Pour avancer, nous avons besoin de prendre le risque de nous déséquilibrer, et même de tomber, bref, nous avons besoin de prendre des risques.

 

    1. Prendre des risques, c’est risqué

 

Prendre des risques, c’est ce qu’a fait Abraham en quittant son pays, c’est ce que font les prophètes, ce que font les disciples qui abandonnent tout pour suivre Jésus, c’est ce que font les premiers chrétiens, qui risquent d’être persécutés, et bien des chrétiens aujourd’hui encore dans le monde. Prendre des risques, c’est ce que fait cette femme cananéenne, qui se jette sur Jésus et ses disciples, qui ose prendre le risque d’être rejetée, d’être critiquée, d’être condamnée, elle la païenne qui ose toucher des juifs.

 

C’est risqué, mais dans son cas, c’est bénéfique, et pas seulement pour sa fille. Cette fille est guérie, mais c’est aussi tout le périmètre de la mission de Jésus qui est modifié, pour Jésus et ses disciples, pour tous puisqu’à partir de ce texte, le peuple qui bénéficie du ministère de Jésus, ce n’est plus seulement Israël, mais c’est le monde entier, même si Jésus continue à ne s’adresser qu’à son peuple. C’est nous aujourd’hui, car désormais « il n’y a plus ni juifs ni grecs… » et parce que, désormais, nous sommes appelés à annoncer l’Evangile à tous et à accueillir chacun comme une sœur ou un frère en Christ, y compris les païens d’aujourd’hui, c’est-à-dire tous ceux qui ne sont pas comme nous, pas assez propres ou pas assez raisonnables, pas assez ceci ou trop cela…

 

Prendre des risques, c’est oser essayer d’obtenir un « plus grand bien », en remettant en jeu sa situation actuelle. Prendre des risques, ça peut donner des bénéfices, mais cela déséquilibre aussi, et parfois, cela peut aussi nous amener à faire des erreurs, à chuter, à se tromper et à être critiqués. Mais après tout, même les disciples se sont trompés, ont mal interprété et n’ont pas compris, certains sont même tombés, comme Pierre ; certains ont douté, même après avoir vu Jésus ressuscité…

 

Prenons l’exemple de notre texte de Mt 16 : Jésus les enseigne, et ils prennent pour une critique d’organisation ce qui est un appel à la vigilance spirituelle. C’est quand même un sacré quiproquo ! Mais si Jésus les critique, les traitant de « petits croyants » ou de « croyant peu », il les éclaire, croise les références pour corriger leur interprétation, et c’est pour eux une occasion d’apprendre, d’approfondir leur compréhension de Jésus.

 

Prendre des risques, des risques calculés, c’est risqué, mais que la prise de risque soit fructueuse ou non, elle peut être bénéfique, parce qu’un échec ou une erreur est presque toujours une occasion d’apprendre, d’apprendre des choses sur soi ou sur les autres, ou d’approfondir, de rentrer dans plus de nuances, dans l’épaisseur de l’humain, de voir les choses autrement.

 

  1. Marcher avec le Dieu qui vient à notre rencontre

 

Marcher dans la foi, c’est un déséquilibre constamment rattrapé, c’est un risque calculé, dans lequel nous sommes engagés en communauté(s).

 

Lorsque nous cheminons en Eglise, nous ne marchons pas « avec Dieu » comme les disciples marchaient avec Jésus. Je vous choque ?  Nous ne marchons pas « avec Dieu », nous marchons « devant Dieu ». Nous marchons, parce que nous y sommes appelés, et ce chemin devient le lieu de rencontre avec notre Dieu, ce Dieu qui vient à notre rencontre.

 

Notre Dieu est toujours « Autre », mystérieux mais révélé, insaisissable mais toujours proche, tout-puissant et incarné dans la faiblesse. Ce Dieu toujours autre est à la fois celui qui était, qui est et qui vient. Celui qui s’est manifesté dans l’histoire, celui qui est vivant et agissant aujourd’hui et celui qui vient, celui qui nous précède sur le chemin de notre mission et qui nous est promis ; celui qui vient à notre rencontre dans l’épaisseur de nos vies.

 

Dieu ne chemine pas à nos côtés, comme un tuteur, une canne, une garantie de ne pas chuter. Dieu vient à notre rencontre. Il est le père qui tend les bras, et dans notre marche hésitante, nous avançons vers lui, comme un petit enfant qui titube vers son père. Même si nous tombons, nous savons qu’il est là pour nous relever, même si nous perdons l’équilibre, nous savons qu’il y a une promesse posée sur nous, et que la distance que nous avons à parcourir n’est pas une distance impossible pour nous.

 

Alors « En marche ! ».

 

Amen

 

13-15 novembre 2015,

Claire SixtGateuille