La semaine dernière avec la parabole des vignerons révoltés nous avons partagé une évocation de ce que pourrait être le Royaume de Dieu, comment le préparer et comment le toucher du doigt, ne pas calculer, se laisser surprendre, donner sans compter. Nous avons vu cette lueur d’Espérance dans le sens du don gratuit que l’on peut mettre en pratique auprès de ceux qui nous sont proches. Ce matin, poursuivons l’évocation du Royaume de Dieu avec la parabole du grain de moutarde. Là la référence au Royaume de Dieu est directe et c’est Jésus qui aborde directement le sujet : « A quoi le Royaume de Dieu est-il semblable ? ». Ah, enfin un mode d’emploi clair ! Pourtant méfions-nous, la parabole de ce matin est courte, l’immensité et la profondeur de nos interrogations sur notre vie sur Terre et au-delà tiendrait en deux versets ? Pour nous aider à comprendre ce texte, passons en revue les mots employés par Jésus car la lecture de ce texte remplit notre tête de plein d’images. En voici trois exemples. Le plus évident c’est qu’on parle des oiseaux, et justement en cette période de pause où nous prenons un peu plus le temps de contempler, où les transports sont à l’arrêt la nature reprend ses droits, nous faisons plus attention à tous les chants d’oiseaux. Nous prenons aussi le temps de soigner notre jardin et la référence au semeur est là encore très visuelle. En ce moment nous voyons aussi les arbres changer continuellement de couleur. Actuellement dans notre paroisse, même si nous nous retrouvons chaque dimanche matin, c’est au téléphone et non pas dans un temple. Essayons quand même d’y aller, transportez-vous dans le temple de Condé, là assis votre regard se pose sur deux grands panneaux, vous contemplez les deux fresques que nous avons créées, peintes et installées depuis le forum vivre simplement. Les deux arbres et tout ce qui s’y trouve nous rappelle aussi cette parabole du grain de moutarde. J’évoque avec vous ce matin toutes ces images car nous avons besoin de nous représenter ce que pourrait être le Royaume de Dieu, et avec le texte de Luc nous sommes gâtés. A la lecture de ces deux versets nous pouvons ressentir toute la force de la parabole. Ce texte est tout simplement simple et beau. Ne gâchons pas notre plaisir, relisons le une deuxième fois : LECTURE Luc 13, versets 18 et 19. A la lecture de cette parabole, on pourrait se dire que connaitre le Royaume de Dieu c’est aussi évident que jeter une graine à la sauvette, sans s’en rendre compte, et faire germer et fructifier la foi en nous ? Pourtant en y pensant bien, est-ce aussi simple ? reprenons ensemble la chronologie de ce texte. Il y a tout d’abord le grain de moutarde, c’est une petite graine, et pourtant à la fin cela devient un refuge pour tous les oiseaux du ciel. Nous voyons là que même ce qui est petit a de l’importance, notre foi peut grandir à partir de presque rien. Revenons ensuite au geste de la personne qui a le grain de moutarde dans sa main : il est dit que l’homme qui a pris le grain de moutarde le jette dans son jardin. Ah, voilà enfin une bonne nouvelle, c’est à partir d’un geste banal que nous faisons machinalement, presque sans y faire attention, que tout devient possible. Cela rejoint une des idées partagée dimanche dernier : s’autoriser à faire des gestes simples et gratuits, et savoir les répéter sans se soucier du lendemain. L’inattendu de Dieu se révèle sans que nous n’y prenions garde. Pourtant tout cela n’est pas suffisant pour faire jaillir et s’implanter le Royaume de Dieu. Où l’homme jette-t-il son grain de moutarde juste avant qu’il ne pousse et devienne un arbre ? dans son jardin. C’est à ce moment-là que tout bascule, le mot jardin est d’ailleurs placé juste au milieu du texte. Un jardin c’est une terre préparée, entretenue, soignée. Il y a là matière à comprendre ce qui fait sens pour nous. Notre mission, pour préparer le Royaume de Dieu, c’est de préparer le jardin pour que Dieu vienne y semer un grain de moutarde. Pour l’illustrer et savoir comment le mettre en pratique, revenons un instant au niveau de notre paroisse et de nos projets. Autour du temple de Condé nous avons l’idée d’y aménager un jardin, un jardin de maraude même. Outre la référence à cette parabole, construire un jardin autour du temple met surtout en lumière la dimension collective, accueillante et universelle du jardin. Dans cette parabole le jardin ne correspond pas à la vision du jardin de Voltaire dans son livre Candide où la conclusion de son livre c’est « cultivons notre jardin », c’est-à-dire de faire prospérer la terre et y travailler pour le progrès. Dans la bible le sens va plus loin. En effet Jésus nous dit que cultiver le jardin et y planter une graine permet à un arbre de pousser pour que les oiseaux du ciel habitent dans ses branches. Je préfère le sens donné au jardin dans cette parabole. Le jardin devient une construction collective, le jardin a vocation à être partagé, comme peut l’être et comme le sera le Royaume de Dieu. Il me reste quand même un mystère et du flou à la lecture de cette parabole, je m’interroge toujours pour savoir à qui ou à quoi s’identifier. Où est Dieu et où suis-je dans ce texte ? Quelle est ma place ? Plusieurs solutions et plusieurs combinaisons sont possibles car on peut très bien s’imaginer soit en train de recevoir soit en train d’agir. Mais je ne vais pas chercher à le savoir. Je pense que cette question ne pourra jamais être tranchée, et ne doit pas être tranchée. Paradoxalement c’est à cette confusion que tient toute la beauté de ce texte, à ce mystère, à ce mélange. Avec cette parabole Jésus nous dit aussi que notre vie est intimement liée à la présence et au cheminement de Dieu à nos côtés. Nos destins sont intimement mêlés. Pour terminer cette méditation, partageons ensemble l’image de l’arbre qui pousse, qui croit, déploie ses branches, se ramifie. Nous voyons bien le grain de moutarde germer, grandir et encore grandir pour devenir un arbre. Si je voulais imiter cette croissance de l’arbre j’ouvrirais et je lèverais mes bras. Gravons donc cette image dans notre esprit et quand nous nous reverrons après cette période de confinement, amis famille, simple passant, et que nous tendrons les bras l’un vers l’autre, que ces deux versets de l’évangile de Luc nous reviennent en mémoire et nous transportent. LECTURE Luc 13, versets 18 et 19 Amen