Etienne Fels

Luc 24 versets 13 à 31

La dernière phrase du texte de Luc que nous venons de lire ensemble c’est

« Il disparut de devant eux. »

C’est un peu brutal, juste après l’avoir reconnu, il est de nouveau absent mais pour autant dans la suite du récit on sent que leur cœur est en fête et qu’ils ont une bonne nouvelle à annoncer aux autres disciples.

Et si une des premières façons de voir la résurrection du Christ c’était de prendre conscience et d’apprivoiser une absence joyeuse ?

Oui nous savons que nous ne pouvons pas voir le Christ, pourtant dans le partage bien souvent, en Église, ou entre amis, nous pouvons percevoir une présence.

Reprenons cette idée de voir et de vision, aujourd’hui avec ce culte spécial et

téléphoné nous faisons l’expérience d’un culte où nous ne nous voyons pas. Et au début du récit de Luc sur le chemin d’Emmaüs les disciples ne le voient pas, « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » , et pendant toute la marche qu’ils font avec le Christ puis le repas, qui a du durer un petit bout de temps, ils ne le voient pas, ils ne le reconnaissent pas.

C’est un comble, voilà quelqu’un qu’ils ont côtoyé pendant plusieurs mois ou

plusieurs années et ils ne le reconnaissent pas. Il faut dire qu’il y a de quoi car les disciples sont sous le choc.

C’est même un triple choc :

Ils voyaient en Christ plus qu’un prophète, un roi qui viendrait délivrer Israël mais ça ne s’est pas passé comme ça.

Deuxièmement Christ est mort et il a été crucifié.

Et enfin le tombeau est vide, le corps de Jésus leur a été enlevé. Avouez qu’il y a de quoi être complètement chamboulé.

Mais c’est autour d’un repas, en partageant l’hospitalité, que leurs yeux vont s’ouvrir et qu’il vont commencer à comprendre. Comme dans bien des passages dans l’évangile de Luc les choses se passent dans des moments de convivialité, on pense à Marthe et Marie, Zachée ou le Samaritain. C’est donc aussi en cultivant l’hospitalité et la convivialité que le message de Dieu peut se révéler.

Ce repas pris avec Jésus agit comme un déclic, avec le partage du pain et du vin ils commencent à comprendre. Le repas agit comme un révélateur, et c’est là aussi une autre façon de voir la résurrection, de la voir comme un passage, le passage d’un état à un autre. Concrètement dans le texte les disciples ne voient pas, ne comprennent pas et après ils voient et ils comprennent. Ils peuvent enfin remettre bout à bout tout ce que Jésus leur a enseigné.

Pour nous aujourd’hui avec la lecture de ce texte des disciples sur le chemin

d’Emmaüs, la résurrection de Jésus peut se lire comme un passage de l’attente vers l’attendu.

Avant Noël, pendant la période de l’Avent nous sommes dans l’attente, puis

grâce au récit de Pâques nous prenons conscience que nous sommes attendus.

Oui Dieu attend de nous que, comme les disciples d’Emmaüs, nous sachions garder confiance, que nous puissions voir les choses sous un angle nouveau et ainsi nous réjouir et aller proclamer la Parole.

Les disciples d’Emmaüs courent à Jérusalem raconter ce qu’ils ont vécu aux 11 disciples restés là bas, nous, nous sommes attendus au coin de la rue, auprès de nos proches, nos amis, nos collègues pour un échange, une parole, un peu de convivialité.

Et le reste se fera tout seul. Le plus important c’est d’être attentif et de saisir le moment inattendu qui nous fait comprendre que nous sommes attendus.

Finalement cette absence joyeuse dont j’ai parlé en premier nous aide à aller de l’avant, elle nous révèle que nous avons besoin les uns des autres. Comprendre la résurrection c’est comprendre que nous sommes attendus, envoyés, que nous sommes appelés à témoigner.

Sachons alors rebondir après ce culte de Pâques inattendu pour oser simplement partager, écouter, célébrer, servir, résister.

Et je voudrais terminer cette méditation en partageant avec vous un passage de ce récit des disciples d’Emmaüs que j’aime beaucoup.

Le passage se trouve au verset 29 quand les disciples veulent s’arrêter au village et que Jésus fait mine de continuer.

Alors ils lui disent « reste avec nous ».

Oui nous aussi à des moments nous disons à un visiteur ou à un amis de passage, « reste encore un peu ». C’est dans ces instants là que l’on peut se rendre compte et toucher du doigt la présence de Dieu à nos cotés.

C’est ce moment de temps suspendu avant que tout bascule.

C’est quand Jésus reste encore un peu avec les disciples, qu’il partage un repas avec eux qu’enfin ils comprennent.

Nous avons tous besoins de dire à un moment ou à un autre « reste

encore un peu ».

Dieu se révèle dans notre relation à l’Autre, et ça, ça se partage forcément.

Mais comme aujourd’hui nous ne sommes pas réunis au même endroit pour ce culte, et pour terminer cette journée entamée ce matin au réveil par la lecture du récit de Pâques, je vous propose que ce soir, au moment du coucher du soleil nous sortions tous de notre maison et que nous nous tournions vers le soleil qui descend. Suivant le

temps qu’il fera, peut-être que nous verrons le soleil mais aussi peut-être que nous ne le verrons pas. Qu’importe cela n’a pas d’importance. Et quand nous serons tournés vers l’ouest je propose que nous disions simplement « reste avec nous ».

Et vous verrez, demain matin, le soleil sera là.

Amen