C’est face à un auditoire attentif et studieux que le pasteur Michel Bertrand a déroulé sa conférence-débat

vendredi 6 novembre au temple de Condé …

 

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Nous sommes passés, a-t-il expliqué, d’une société de l’interdit à une société de performance. Performance dans le travail, performance dans sa vie privée, performance physique, individuelle. Mais ces performances engendrent des frustrations : de ne pas être à la hauteur, du stress voire poussent au burn-out. Une vie bonne est-elle une vie bien remplie jusqu’à épuisement ? Est-elle une satisfaction de comblement des besoins, une consommation de biens et services ?

Une vie bonne peut être au contraire un projet, une aspiration.

 

 

Les 4 conditions pour une vie bonne, selon le pasteur Michel Bertrand :

 

L’estime de soi

Car chacun a droit à être reconnu. Avoir une valeur aux yeux d’une autre personne. Avoir une estime, c’est compter inconditionnellement pour quelqu’un.

Au contraire de cette société de performance, il faut redonner la confiance donner la reconnaissance. Le salut pour le chrétien protestant que je suis, passe par la grâce, par la foi. L’exploit n’est pas nécessaire à l’amour de Dieu.

 

La sollicitude

Il doit y avoir une compassion, une ouverture à l’autre. La sollicitude, c’est la réciprocité que chacun doit à l’autre. Quelle place avons-nous donné à l’autre? Aimer son prochain comme nous même inconditionnellement : « aimez-vous comme je vous ai aimés ».

 

 

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Rôle des institutions

Organiser ce « vivre ensemble », c’est le défi de nos sociétés. Créer une unité dans la diversité. C’est une volonté que les protestants connaissent, car c’est ce qui traduit notre attachement à la laïcité pour viser à vivre ensemble dans la différence. L’importance de l’espace public, c’est de maintenir les débats afin de construire notre bien commun. Nous sommes différents mais, comme nous l’a enseigné le Christ : « vous êtes tous un en Christ ».

 

Action dans la durée

A notre époque, nous vivons dans l’éphémère, la tyrannie de l’urgence. Mais c’est refuser notre condition humaine. Notre société veut vivre tous les possibles pour en fin de compte occulter la mort.

Notre société pense aussi que pour avoir un avenir, nous devons effacer le passé. Hors chacun d’entre nous est précédé par quelqu’un. Chaque génération est précédée d’une autre génération. Nous avons une vie reçue, une réalité en amont que l’on porte en nous. La révélation biblique s’inscrit dans le temps. Une vie bonne est portée dans une mémoire et dans un avenir.

Alors que nous voyons autour de nous des peuples qui n’ont plus d’espérance, plus d’avenir, nous devons ne pas nous satisfaire de notre réalité quotidienne et chercher à nous dépasser en nous ouvrant aux autres. S’élever de nos ego pour chercher à donner à chaque être humain sa place.

Ne pas être dans le conservatisme et se dire : « les choses sont ainsi et nous ne pouvons pas faire autrement ». L’homme a aussi une dimension spirituelle (pas forcément religieuse). Cette dimension fait partie de l’homme et permet de ne pas rester soumis à la réalité actuelle qui l’enferme.

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En réponse à des questions

Pour nous croyants, être témoin ce n’est pas installer le royaume de Dieu et se satisfaire par exemple d’un temple plein, mais c’est être toujours en mouvance pour témoigner. Nous sommes des témoins, peu importe le nombre. Viser une vie bonne, c’est accepter nos fragilités personnelles et collectives. C’est le cas dans nos paroisses. Jésus a su lui aussi accepter ses faiblesses qu’il nommait « ses péchés ».

Comparé aux espoirs de reconstructions d’après-guerre, nous traversons aujourd’hui une crise profonde d’incertitude. L’objectif n’est pas de rentrer tous dans un même moule, mais de vivre ensemble tout en restant différents.

Le projet, c’est aussi ce qui transforme déjà mon présent. Il y a comme une irruption du temps à venir dans notre temps présent. De façon biblique, cette promesse qui vient, prend corps déjà maintenant. Les textes bibliques prennent de ce fait une actualité.

Concernant la question du péché, il ne doit pas s’identifier à la faute morale (épitre de Paul aux Romains 7), mais à l’ultime de notre fragilité. Il n’y a pas de culpabilité à avoir, car Dieu nous fait confiance. Il y a toujours une part d’obscurité qui réside dans chaque être humain. La puissance de l’aveu libère de ce péché. Quoi que nous fassions, nous restons humains. Nous ne devons pas accepter non plus l’angélisme et nier ce que nous sommes.

A contrario, il ne faut pas avoir honte d’être heureux car cela allume des « contre-malheurs » pour résister aux malheurs qui nous entourent ou qui peuvent arriver. Cela permet de rester vigilant en attente de nos « vies bonnes ». Rester vigilant, c’est desceller les difficultés et agir avant qu’elles ne deviennent trop importantes. Par exemple, on sait bien, à l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), que la torture commence avant la torture et que c’est déjà en amont qu’il faut agir.

 

Nos Eglises sont des lieux de ressources et d’apprentissage pour nos vies. Il en est de même de nos différents engagements (associatifs ou autres). Sachant que dans le cas de l’Église, il restera toujours notre bien commun : le Christ ! Mais n’oublions pas de nous méfier du communautariste qui malgré son aspect rassurant, ne permet pas ce « vivre ensemble », car non tourné vers l’autre.