Prière de l’école biblique:

 

Seigneur, avec les enfants de l’école biblique, nous sommes contents de notre manteau.10

Nous l’avons fabriqué ensemble. Il nous rappelle nos manteaux.

Nous sommes nombreux à porter souvent un manteau :

-un manteau court,

un imperméable, un kway,

un manteau qui sent bon ou pas, ou bien un moche.

 

 

Quelquefois c’est un beau et joli manteau,

un manteau à capuche, en fourrure, en tissus,

avec un col ou sans col,

avec des poches …vides ou pleines de bonbons, de mouchoirs…ou de secrets.
Comme ça l’a été pour Joseph (le fils de Jacob) ce manteau peut être un cadeau,

un cadeau qui me met en valeur…

et j’aime être mis en valeur.

Avant on revêtait les rois d’un très joli manteau d’hermine, bleu ou pourpre…

 

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Quand je mets mon manteau, je suis un peu comme ces rois, il me donne de la grandeur. Je me sens plus important.
Seigneur pardonne-moi d’oublier que derrière mon manteau, je suis comme tous les autres, pas plus grand ni meilleur.
Ce manteau c’est aussi ce qui me permet de me protéger, me protéger du froid

mais il me permet aussi de cacher tout ce que je ne veux pas montrer

ou de paraître autrement que ce que je suis..

Seigneur, Pardonne-nous notre manque de simplicité, pardonne-nous d’oublier que toi, tu nous vois tels que nous sommes et que rien ne sert de nous camoufler.
Joseph était tellement fier avec son manteau

offert par son père Jacob,

tellement heureux de cette marque d’amour

qu’il ne s’est même pas aperçu qu’il pouvait rendre ses frères jaloux.

Et nous, pensons-nous souvent, en mettant notre manteau,2

combien d’enfants,

combien de femmes,

combien d’hommes

aujourd’hui exilés ou sans abris

peuvent à juste titre être jaloux ou tout au moins meurtris ?

Seigneur, Pardonne-nous d’être trop souvent comme Joseph, tellement fiers, heureux que nous oublions de nous adresser humblement à nos frères.
Accorde-nous ton pardon Seigneur,

pour que nous puissions revêtir un manteau qui rayonne sur nos semblables,

qui leur dit toute l’attention que nous avons envers eux

qui soit à l’image de ton amour vers nous tous.

Amen

 

 

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Prière de pardon:
Seigneur, tu nous invites à changer notre regard. Nous savons que tu es là au milieu de nos vies, tu nous accompagnes, tu pardonnes notre égoïsme, notre soif de grandeur, notre manque d’attention à l’autre qui nous éloigne de toi. Tu nous connais bien et tu nous aimes.

Désormais, nous pouvons comme notre manteau, nous retourner.
Ouverts aux autres, les regardant, les écoutant, nous n’avons plus à cacher ce que nous sommes mais au contraire à oser aller vers nos frères et sœurs dans le respect. Ton pardon nous rend joyeux à l’image de ces couleurs vives, reflétant la lumière.

Tu nous témoignes ton amour à chacun et nous envoies ensemble dans la confiance.

 

 

Texte de prédication du pasteur Eric Trocmé à l’occasion de la confirmation d’Inès, Elise, Simon et Timothée.

 

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Texte biblique : Actes 20/7-12

 

Si vous vous passionnez pour l’origine des mots, l’étymologie, vous découvrirez, si vous ne le savez pas déjà, que le mot catéchisme vient d’un verbe grec qui signifie rendre un son, résonner,  avec cette idée essentielle que quelque chose est donné de vive voix, de manière ordonnée : un enseignement, une tradition digne de foi, de confiance.

Catéchiser, en somme, c’est faire en sorte que ce qui est transmis ait de l’écho, du poids, que cela retentisse, que cela transforme.

 

 

Et aujourd’hui, nous découvrons un catéchisme délivré par l’apôtre Paul à Troas.
Troas, c’était une ville portuaire, que l’on situerait aujourd’hui en Turquie. C’était une cité cosmopolite, dynamique au niveau commercial. Pour les jeunes, il était possible de trouver à s’y employer dans des petits métiers saisonniers comme matelots ou porteurs de marchandise.
Une communauté chrétienne s’y était implantée et Paul y passe pour visiter les responsables et laisser quelques recommandations. Nous sommes le premier jour de la semaine, le dimanche, le jour du Seigneur et toute la communauté est rassemblée pour rompre le pain, c’est-à-dire partager le repas, un repas de pain, pris avec joie et reconnaissance et qui deviendra par la suite la sainte cène. Une agape fraternelle.6

 

Et comme toute la communauté est présente, Paul profite de l’occasion pour délivrer un enseignement abondant. Il parle, il parle jusque vers minuit au point d’oublier que si l’homme ne vit pas de pain seulement, il vit aussi de pain. Mais Paul est convaincu de l’importance de la Parole, de la Parole de Dieu qu’il transmet. Et donc il parle, il discourt, il ne pense pas à manger et par là-même ne laisse pas les autres manger. Paul n’a pas de temps à perdre, son agenda est bien chargé : demain, il doit partir à Assos où l’attend un bateau qui doit l’emmener à Mitylène. Paul n’a qu’une seule envie : réussir à être à Jérusalem pour la Pentecôte.

 

Ce qui fait que Paul catéchise, parle, sa prédication, son enseignement, ses recommandations s’étalent sur une bonne partie de la nuit. L’évangéliste Luc, celui qui nous a laissé les Actes des Apôtres, met d’ailleurs peut-être une pointe d’ironie ou d’humour dans son récit, en notant que la chambre haute, dans laquelle ils sont réunis, est remplie de lumière. Les lampes ne manquent pas. Il fait clair, le discours de Paul est brillant, éclatant, lumineux. Et pourtant, en dépit de tout cela, de toute cette excellence, de toutes ces bonnes conditions, de ce privilège d’avoir à sa table et en conférence l’apôtre Paul en personne, un jeune catéchumène, Eutyque décroche, s’endort, bascule du rebord de la fenêtre sur lequel il s’était installé, tombe depuis le troisième étage et se brise mortellement l’échine.

 

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Les occupants de cette chambre haute, dont la mention pourrait rappeler le lieu de la première cène de Jésus avec ses disciples à l’avant-veille de Pâques, sont les témoins d’un événement terriblement tragique.

Juste avant de tomber, Eutyque était assis sur le rebord de la fenêtre. Il se situait entre l’espace occupé par tous et le vide. Comme s’il était installé sur une sorte d’entre deux, sur une ligne qui à la fois unit et sépare ceux du dedans et ceux du dehors.

 

Une situation dans laquelle nous pouvons nous retrouver. Tiraillés entre diverses faims, confrontés à des attentes multiples, sollicités par quantité urgences. Bousculés par la société qui souhaite enfermer les chrétiens dans le seul domaine du privé ou de l’intériorité, tiraillés entre la Bible et la tablette, révoltés par les injustices, la pollution, la place faite aux exclus, aux migrants et très minoritaires pour y faire face, communautaires en Eglise et tenus de la jouer personnel pour se faire une place, appelés à être témoins et ne sachant pas trop comment l’être …

Il y a de quoi donner le vertige, fatiguer, faire chuter.

 

Dehors, à Troas, tout le monde s’exclame et accourt pour constater une mort accidentelle spectaculaire et tragique. Paul lui aussi descend en courant vers le corps inerte. Il aurait pu demander à ses hôtes et à ceux qui l’accompagnaient d’aller voir ce qui s’était passé. Il aurait pu discrètement disparaître des lieux pour éviter de s’exposer lui-même aux troubles générés par l’accident. Au contraire, il fait preuve de courage, il se précipite vers le corps d’Eutyque, il le prend lui-même dans ses bras, il mime le geste d’Elie, le prophète, sur le fils de la veuve de Sarepta. Et c’est seulement dans cette posture qu’il fait cesser et contredit les cris et les clameurs : « Ne vous agitez pas ! Il est vivant ! » Comme le Seigneur au matin de Pâques, le jeune homme est vivant.

Rien ne se passe comme prévu. L’inattendu surgit. Et cela devrait nous interroger.cmi_90db2f34

 

Il y a quelques semaines, dans le journal Réforme, le journaliste Frédérick Casadesus signait un petit billet d’humeur intitulé « Coup de chapeau à … la jeunesse ! Je cite en intégrale : « Le métro s’éveille à la vie. Les gens lisent, écoutent un peu de musique, à l’heure où les salariés roulent vers leur travail. Soudain, la porte s’ouvre en bourrasque. Une armée de filles et de garçons, de 18 à 19 ans, se déverse dans l’espace. Tout n’est plus que bruit, mouvement, borborygmes. Un réflexe de rejet se dessine dans les yeux des usagers, tranquilles jusqu’alors et qui doivent composer avec la noria de lycéens – à moins qu’il s’agisse d’étudiants de première année- qui vient de prendre le pouvoir.
Tout au contraire, je suis ébloui par cette lumière de jeunesse qui nous arrive. J’écoute les garçons marmotter dans leur coin, regardant les copines en parlant de football ou de Spinoza, les filles échanger des propos tout aussi sérieux, variations sur un thème de cuisine ou de philosophie. Mais au-delà de ces conventions, de ce constat superficiel, tout un monde surgit qui n’a rien à voir avec le mien. Les mots, les codes et les références, la façon de regarder, de penser, tout cela se devine en deux minutes, envoie ma génération dans le placard aux souvenirs. Et cela me procure un plaisir infini. Cela ne signifie pas que je renonce à la vie sociale, encore moins que je cède à la mésestime de soi.

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C’est l’avenir que je vois se déployer dans la joie, la belle énergie, cette croyance en l’éternité qui signent cet âge-là. Qu’importe que ces filles et garçons conçoivent l’existence d’une façon qui me désarçonne : ils inventent, imaginent, projettent. Ils avancent. Ayons confiance en eux. Le jour viendra, bien sûr, où se retournant sur la colline, ils auront la nostalgie des pratiques d’autrefois. Mais en attendant, c’est leur tour et l’ultime voyage n’est pas encore à leur programme. Le jour se lève et c’est très bien ».

 

 

Tout à l’heure, des catéchumènes, ou plutôt des post-catéchumènes, vont confesser leur foi.

Face à l’assemblée, mais aussi avec l’assemblée, ils vont exprimer, dire le Dieu qu’ils ont rencontrés et qui les appelés, qui tout au long de leur vie ne cessera d’être à leurs côtés comme une question que nul ne pourra fermer, comme un aimant qui tire dans le sens de la marche, comme un Père fou d’amour. Hier, ils étaient à Pizza moquette, le groupe de jeunes de la paroisse du Bocage normand, demain ils seront au Fest Kiff, après-demain sur les routes de la vie.
Ces jeunes ne sont pas sans souffle.3

Pour aujourd’hui, pour demain, c’est à nous tous, et non seulement à quelques-uns qui seraient spécialisés, catéchètes ou autres, de trouver le souffle nécessaire pour continuer à construire avec eux une histoire qui ouvre le présent, libère l’avenir, parle au monde qui nous entoure.

Pour cela, il est besoin de tous, chacun y a sa place.

 

 

Face à toutes les forces de mort, à ce sentiment de n’avoir pas prise sur grand-chose, face à cette consommation, ce matérialisme qui laissent insatisfaits, cette sorte d’entre deux qui interroge et stimule, le texte d’aujourd’hui nous parle de Pâques et de Pentecôte.
« Soyez sans inquiétude, il est vivant », ne vous troublez pas, son souffle est en lui.7

 

 

Ce ne sont pas des rites ou des discours qui descendent sur les autres au point de les empêcher de vivre. C’est la marque du Dieu vivant. C’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus.
Seul cet Esprit peut nous garder vivants, ranimer en nous ce qui doit rester vivant, nous mettre en route sans trouble et en confiance.

 

 

C’est la mission de l’Eglise de confesser cette présence, cet Esprit d’adoption qui nous fait appeler Dieu « Père », afin que nul ne désespère de lui-même, ni des autres.

 

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C’est notre tâche de poser des actes qui témoignent de cet amour, de nous lancer dans des engagements vrais et chaleureux, capables de relever sur les lieux de chute, de redonner courage et espérance dans notre société auprès et au loin. Ensemble et chacun à sa manière, aux jeunes comme aux moins jeunes.

 

Eric Trocmé , Dimanche de Pentecôte, 15 mai 2016