« Le monde est plein, la vie s’accélère. » C’est par cette formule que le pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, a ouvert samedi 20 avril à la médiathèque de Condé sur Noireau un temps de partage et de débat à partir de la question : « Quelle est la grande question spirituelle d’aujourd’hui ? », première d’une série de quatre autour du thème « La société a-t-elle encore besoin des Eglises ? »

 

pasteur Laurent Schlumberger

 

« Le monde est plein, nous n’avons plus d’endroits où repartir » a-t-il expliqué. Il y a peu encore, il était possible d’envisager tout reprendre à zéro, se tourner vers d’autres mondes, coloniser d’autres espaces. Désormais, « nous vivons les uns chez les autres ». Le voisin est un concurrent ou un allié et il nous faut désormais inventer de nouvelles hospitalités, intimes et collectives. Ce qui pose la question de la confiance, en soi, en l’autre : « quelles en sont les conditions ? »

Parallèlement, le temps s’est accéléré, rempli. Les changements sociaux vont de plus en plus vite, le maître-mot est devenu : « s’adapter », avec comme idéal, celui de réussir à vivre plusieurs vies en une seule. Cette mise en avant de l’individu sommé de réussir, cette exigence lourde à porter, à supporter, manifeste le refus de toute finitude : « nous n’avons plus le temps, nous ne nous situons plus dans la continuité et dans le dépassement des générations qui nous ont précédés, la volonté de s’investir pour les générations futures disparaît, l’idée de vie éternelle sort de l’horizon. Nous n’avons plus confiance en demain. »

D’où l’exhortation du pasteur Laurent Schlumberger : dans notre société remplie de méfiances et de peurs, face à l’idolâtrie de l’épanouissement par ses propres forces, la prise de conscience de ses limites est essentielle. Elle est l’unique condition pour avancer et grandir en responsabilité grâce et avec les autres. Cette démarche, à ses yeux, repose sur l’éducation, le partage, le débat, le retour sur soi et l’ouverture au monde. Depuis des millénaires, les textes bibliques invitent à prendre le temps pour cela : « Mais sommes-nous encore capables de nous arrêter, de nous ennuyer, de rêver, de faire halte le 7ème jour comme la Bible nous le prescrit pour y trouver le sens de la vie ? » demandait-il. Et retrouver ainsi le goût de la confiance.