Un documentaire sur l’art de la débrouille et de la récupération à Madagascar vient de sortir en France.

« Ady Gasy », par Lova Nantenaina
84 minutes

 

Ady Gasy – prononcez « Ad’ Gach’ » – est le titre d’un documentaire sorti sur les écrans français depuis le 8 avril. L’Ady Gasy, qui signifie la débrouille à la malgache, est un concept très répandu à Madagascar réunissant à la fois le système D, les pratiques de la pharmacopée traditionnelle et de l’agriculture biologique.

Après la révolution de 1972 et le renversement du président Philibert Tsiranana, le terme de Ady Gasy a été utilisé pour désigner l’identité nationale. Aujourd’hui, le sens mélange les différentes définitions et regroupe les valeurs de solidarité et de fraternité défendues sur la Grande Ile. Le réalisateur malgache Lova Nantenaina, avec ce premier long-métrage dont le sous-titre est : Les Chinois fabriquent les objets, les Malgaches les réparent, tenait à montrer cet art de la débrouille ou comment les Malgaches arrivent à créer des objets à partir de ce qu’ils trouvent dans les poubelles.

Transformer une vieille ampoule et un couvercle en lampes à pétrole, fabriquer des sandales à partir de pneus usagés ou des instruments de musique avec une boîte de lait concentré et un morceau de bois…

Loin des clichés

On suit aussi des paysans qui labourent leur champ sans pesticide, des mécaniciens astucieux qui réparent des vélos avec pas grand-chose. Autant d’ingéniosité et d’inventivité chez ces Malgaches qui ont peu pour vivre. Car ces idées naissent d’une grande pauvreté et servent à pallier des manques.

« De retour au pays après plusieurs années passées en France pour mes études, j’ai été frappé par la grande misère et le déficit d’espoir dans les yeux des gens. Je voulais leur redonner de la confiance dans la capacité à s’en sortir, et montrer qu’il y avait de l’espoir en positivant cette dure réalité, » explique le réalisateur après la projection.

Ingéniosité et solidarité

Les spectateurs lui témoignent une grande reconnaissance d’avoir su donner une autre image de Madagascar éloignée des clichés habituels.

« Nous vivons dans un monde globalisé où l’information et l’économie sont mondialisées. Des personnes viennent et mesurent le taux de richesse et de pauvreté des pays. J’ai voulu faire entendre une voix malgache différente de ce monde globalisé. Ces gens des bas quartiers à qui l’on ne donne jamais la parole, qui sont chassés des trottoirs, travaillent dur pour s’en sortir. J’ai voulu montrer cette richesse humaine qui se manifeste à la fois sous la forme d’ingéniosité et de solidarité. Si une nouvelle crise économique mondiale arrive, je sais que les Malgaches s’en sortiront toujours car ils ont l’habitude d’innover. »

Le réalisateur a choisi de présenter son documentaire sous la forme du Kabary, art oratoire traditionnel inspiré du quotidien. Mêlant musique, chants et danses, le kabary enchante ou dénonce les situations de la vie sous forme de proverbes. Le film suit le travail d’une troupe avec une oratrice, des musiciens et des danseurs, ainsi qu’un récitant qui ouvre et clôture le film. À travers les textes et les témoignages, le spectateur devine une critique politique sous-jacente. Certains en ont fait part à Lova Nantenaina au cours du débat. Ce dernier dit ne pas avoir voulu faire un film politique. « Je pose des questions dont je n’ai pas les réponses. » Mais il s’en amuse.

Les musiciens qui préparent leur spectacle affirment ainsi qu’ils vont exporter les hommes politiques au lieu des richesses du pays. « Je n’ai pas voulu entrer dans les crises politiques, poursuit Lova Nantenaina. Chez nous, on dit que lorsque les crocodiles sont partis, les caïmans arrivent. Je préférais valoriser le savoir-faire et la solidarité. »

Et le pari est gagné car le film pousse à d’autres réflexions. Le spectateur occidental a envie de questionner ses propres modes de consommation. Lors du débat, plusieurs spectateurs ont rappelé à Lova que son nom signifie « héritage » et que son film en est de grande qualité !

 

Découvrez la bande-annonce du film : ICI 

(article du site Réforme.net)

Retrouvez toutes les dates de projections
avec le réalisateur surhttp://adygasy.com/